Mabrouck Rachedi est écrivain. "Tous les hommes sont des causes perdues" parue aux éditions "l'âge d'homme" est son quatrième roman.

Mabrouck Rachedi : autopsie du réel

Après le Petit Malik (éditions Lattès, roman, 2008) et  Le Poids d’une âme (éditions Lattès, roman, 2006), l’écrivain déjà traduit dans de nombreuses langues renoue avec la fiction avec « Tous les hommes sont des causes perdues » (éditions l’Age d’Homme), qui restitue l’improbable et caustique fantaisie amoureuse entre Sofia et Adam, deux êtres que presque tout oppose. Entretien avec un équilibriste du verbe qui place la rencontre avec les lecteurs au-delà de tout…

 

Mabrouck Rachedi est écrivain. "Tous les hommes sont des causes perdues" parue aux éditions "l'âge d'homme" est son quatrième roman.
Mabrouck Rachedi est écrivain. « Tous les hommes sont des causes perdues » paru aux éditions « l’âge d’homme » est son quatrième roman.

Rendez-vous est donné dans un café catatonique de la rive gauche, flanqué au beau milieu de tous les temples de l’édition française, qui dispose tout à la fois d’une bibliothèque plutôt bien mise, et de livres que les badauds anonymes que nous sommes empruntent le temps d’un thé vert ou d’une ficelle de vin blanc. Ici, cohabitent pêle-mêle les pages les plus heureuses d’auteurs fanfarons à la mode, et celles de découvreurs que l’on se plait à emporter avec nous dans nos désirs d’île, le verbe haut : Eric Levy, Anatole France et François Mauriac -pour ne citer qu’eux- veillent discrètement à votre confort, alors que vous observez du coin de la lorgnette un homme dont vous vous demandez s’il écrit avec sa tête ou ses pieds, tellement l’exercice révèle naturellement ses remarquables dispositions…

Le décor est d’apparence accueillant, ou disons empreint d’une certaine chaleur, mais ne nous y trompons pas : pour un écrivain accompli comme Mabrouck Rachedi, qui aurait pu tout à la fois embrasser la carrière de golden boy autant que celle de psychanalyste, le terrain est certes un peu miné, mais aussi familier, car l’homme rougit de ses frêles réserves autant que dans le même élan il adresse sa conviction légitime qu’il est « un écrivain professionnel ».

Et Mabrouck Rachedi a raison de se sentir comme tel. Parce que cela fait bien des années maintenant que le lumineux auteur du « Petit Malik » a tracé sa propre voie. Hypermnésique, tendre et frondeur, Mabrouck Rachedi l’est sans honte, et il consent aussi après un certain temps qu’il lui arrive d’être l’auteur de pages importantes de la littérature du 21ème siècle, qui réclame des femmes et des hommes à sa hauteur. Mabrouck, c’est la litanie discrète de ceux qui déchiffrent le réel instantanément et vous rendent furieux tant leur expertise indiscutable et juste sur notre propre monde est renversante et implacable.

Un écrivain né de cette France de l’ailleurs qui a capté l’intégralité de nos vices et de nos doutes en les mettant simplement en forme avec des mots justes et sensibles.

Au moment de nous rencontrer, je n’avais pas encore parcouru la moindre page de son quatrième roman (et son cinquième livre), dont le titre (« Tous le hommes sont des causes perdues ») piétine à lui seul toutes nos convictions en tant qu’hommes, autant qu’il invite à nous regarder différemment dans ce miroir abîmé de nos existences.

Je lui adresse cette remarque discrète et bienveillante : votre titre est remarquable et rabaisse nos suffisances de mâles à leur degré de médiocrité. Puis vient le questionnement nécessaire de l’amoureux du verbe que notre jeune écrivain revendique être lui aussi :  un livre, votre roman, pour dire quoi ? Que notre perdition est proche ? Que rien ne va plus chez les hommes, qui peinent de plus en plus à reconnaitre qu’ils sont capables d’aimer ?

Non, Farouk, m’adresse-t-il alors, dans un léger hochement amical :

Cet homme et cette femme qui sont les purs produits de notre époque vivent exactement les mêmes histoires que ceux que d’autres ont contés déjà par le passé. Mais la cause qui devrait être la leur -à savoir la quête du bonheur- ne semble plus tant que cela les inquiéter…

 

-L’intégralité de notre entretien avec Mabrouck Rachedi, que l’on décrira volontiers comme un « résident permanent de Micronésie », est à voir ici :  

 

 

Voir également :  – –

– Mabrouck Rachedi, le coeur a ses déraisons (Toute la culture)

– Pourquoi écrivez-vous, Mabrouck Rachedi ?

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Farouk Atig
Farouk Atig, grand reporter, dirige Intégrale

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