Etienne Candel dans son bureau 
Photo : CS, Intégrales Mag

Etienne Candel, le Roland Barthes des mythologies numériques

visuel Printemps des MédiasLa première critique autour des médias qui bourgeonnent aura lieu le 27 juin au Numa à Paris. Intégrales Mag est co-organisateur de l’événement qui réunira journalistes, chercheurs, communicants, institutionnels… autour de conférences, d’une table ronde et d’ateliers participatifs.


La place et la portée des métaphores nous mènent à questionner les objets numériques dans la façon même dont ils se donnent, explique Etienne Candel, chercheur au CNRS et maître de conférence au CELSA.
Dans le sillon de Roland Barthes, il nous  invite à débusquer les nouvelles mythologies de notre temps : il n’est pas neutre que l’on rencontre sur le web des portails, des forums et des murs.  

 

« Pourquoi une page s’appelle page, alors que cela n’en est pas une à proprement parler ? « , nous demande tout de go le chercheur, dans son bureau agité d’ombres blanches de l’ISCC, l’institut des Sciences de la communication du CNRS.

L’univers du numérique est un champ de métaphores, poursuit-il. Etonnant, pour qui a l’habitude de penser le numérique comme un faisceau de nouvelles technologies. Mais, là où l’on se croit entouré de termes scientifiques, vit en réalité toute une littérature qui cache bien son jeu.

Les images agissent

Pour l’auteur de  « L’imaginaire du Portail », paru en 2005, les dénominations occupent une place importante dans l’élaboration d’imaginaires de l’accès au savoir sur internet.

A la faveur des métaphores numériques, des objets informatiques immatériels, que ce soit des instruments (l’appli) ou des « lieux » (le mur Facebook), sont devenus des représentations communes de la vie courante. Et c’est ainsi qu’elles s’imposent comme des évidences du quotidien.

Toutes ces images, que nous n’identifions pas comme images, agissent, et c’est cela qui est essentiel. Non seulement elles inspirent la composition des objets numériques au moment de leur conception, mais encore elles permettent l’appropriation par les usagers. », argumente Etienne Candel.

« Une « application », on pourrait dire que c’est la même « chose » qu’un logiciel, un software, un service, etc. Mais il sera plus rentable, plus intéressant de rendre compte du fait que ce mot s’est imposé, sous cette forme ou sous celle d' »appli », et que c’est lui qui oriente et structure nos usages de l’informatique mobile. »

Etienne Candel dans son bureau Photo : CS, Intégrales Mag
Etienne Candel dans son bureau
Photo : CS, Intégrales Mag

Démystification 

Dans la figure de la métaphore , le mot est pris pour unité de référence. Ainsi se change un signe en vérité. Pourtant, une métaphore est un déplacement et une extension du sens d’un mot. Son explication relève donc d’une théorie de la substitution. Pour définir ce qu’est en réalité d’une « application », il faudrait chercher à savoir ce qu’une « application » n’est pas !

En sémiologue, Etienne Candel accueille ces flux de métaphores comme un défi : « Il faut savoir faire une place, en recherche, à des notions parfois imparfaites, voire erronées, mais qui circulent et qui sont efficaces dans la société. »

Une démarche qui dénote une parenté avec Roland Barthes, qui écrivait, en 1957 dans Mythologies,  « Nous voguons sans cesse entre l’objet et sa démystification, impuissants à rendre sa totalité : car si nous pénétrons l’objet, nous le libérons mais nous le détruisons ; et si nous lui laissons son poids, nous le respectons, mais nous le restituons encore mystifié ».

Alors, faut-il déplier l’appli de son aura métaphorique, la retourner à l’impuissance du logiciel ou du service ou bien continuer à s’entourer de sa magie évocatrice ?

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Clara Schmelck
Clara-Doïna Schmelck, journaliste, philosophe des médias. Rédactrice en chef adjointe d'Intégrales - est passée par la rédaction de Socialter ; chroniqueuse radio, auteur, intervenante en école de journalisme et de communication (Celsa ...).

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