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Presse en ligne : il est temps de sortir des poncifs

visuel Printemps des MédiasSpécial Printemps des médias. 

ENTRETIENS CROISES 

Quinze ans après ses balbutiements, la presse en ligne en France a encore mauvaise presse. Le basculement vers le numérique a été effectivement l’occasion d’une dégradation des conditions de travail des journalistes. Le fait que les publications de la presse professionnelle soient référencées sur les moteurs de recherche et recommandées par les algorithmes parmi des contenus de divertissement, sans hiérarchie de qualité aucune, contribue toujours à la confusion et au mélange des genres.

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Pour Cyril Petit, rédacteur en chef au JDD, Erwann Gaucher, directeur numérique de France Bleu (Radio France) et Alexandre Michelin, DG de Microsoft MSN Europe, il est pourtant urgent que le débat sur l’information numérique (web et mobile) sorte des poncifs qui freinent sa maturité. Intégrales a démonté pour vous les 3 principaux clichés tenaces qui collent à  l’info en ligne, cela au détriment de l’image que se font les publics des médias professionnels.

1. Sur les sites de presse et encore plus sur le mobile, place au  papillonnage 

L’internaute serait moins concentré et moins assidu que le lecteur de la presse papier, et même, du téléspectateur. Alors certes, cette sentence n’est pas sans fondement, quand on sait que 30 % des internautes quittent une page en moins de quinze secondes, sans avoir fait défiler l’écran ou scrollé.

Le succès de Buzzfeed tient à ce que le site mêle des chats, des listes très virales et des publicités à un contenu éditorial qui revendique une valeur journalistique.  S’il faut se faire hydre à têtes de chatons pour attirer l’attention des internautes sur des faits d’actualité, comme le décrit Nicolas Becquet, c’est bien que l’internet est un terreau de dispersion.

Mais, ce constat est à nuancer : à la faveur de la multiplication des offres payantes, et notamment des formules d’abonnement, l’habitude de naviguer d’un site d’information à un autre est entrain de se dissiper, car les médias fidélisent leur audience en offrant dans leurs formules d’abonnement des recommandations de lecture algorithmiques et humaines sur mesure. A cet égard, la recommandation, souvent considérée comme facteur de dispersion sur le web, est au contraire un facteur de stabilisation du lecteur sur un même titre d’information, ou du moins sur un même type de titres.

De plus, les grands titres de presse se sont adaptés aux usages pour  recréer des rendez-vous quotidiens de lecture. Le groupe Le Monde en est un parfait exemple : un quotidien papier du soir, repris et remis en forme aussi sur tablette, un site en continu, et une appli du matin… mobile, transports oblige. Ouest France sort un quotidien national numérique du soir.

Cyril Petit, rédacteur en chef des éditions numériques du JDD, revient avec nous sur cette fin annoncée du lecteur-filant, anonyme et volatile. Celui -là même pour qui la lecture des publications numériques sont une invitation à ouvrir le journal papier. 

 Après plus de 20 ans de web du clic, se dessine une voie d’avenir. Les annonceurs accompagnent ce « retour de l’attention » : le quotidien économique britannique Financial Times vient d’annoncer qu’il allait commercialiser des “blocs de temps” sur son site. Medium, le site d’information participatif américain, utilise lui aussi la mesure du temps.

2. Les sites  font tous la même chose : des brèves et de la vidéo

La consommation de vidéos Internet sur la télé (vidéos sur Internet diffusées sur un écran de télévision grâce à un décodeur) a doublé en 2013 et va continuer à croître à un rythme rapide pour quadrupler d’ici 2018. En 2018 le trafic IP vidéo représentera 79% de tout le trafic Internet grand public dans le monde, alors qu’il était à 66% en 2013.

Les nouveaux acteurs des médias, comme Quartz, Vice ou Melty ont repensé complètement l’organisation traditionnelle des rédactions en la recentrant sur la production de vidéos. Pour leur part, les sites des chaînes de télévisions, comme FranceTVInfo et ses déclinaisons régionales, bâtonnent des volumes toujours plus importants de dépêches à des fins de référencement.  
On a l’impression que « tout est tout. » Pascal Chevalier, président de Reworld Media, va jusqu’à dire  que toute newsroom est désormais une « usine de production de contenus » pour tous les écrans. (Source : Stratégies, 14/06/15)

Et pourtant, les internautes ne font pas la même démarche en consultant le site de France 3 Alsace qu’en consultant celui de France Bleu Alsace, nous explique Erwann Gaucher. Car les auditeurs ne sont pas les téléspectateurs. Les usages s’ajoutent sans se canibaliser, estime le directeur numérique de France Bleu, qui se refuse à penser que les sites internet des titres de presse, des chaînes de télévision et de radio sont réductibles à des usines à contenus sans singularité ajoutée.


3. Le fait numérique est uniforme

A fine échelle, les usages ne sont pas qu’une question de supports. Ils sont fonction des politiques des nouvelles technologies adoptées dans chaque pays depuis une cinquantaine d’années. D’où des différences qui ont un impact sur la lecture de la presse en ligne. Or, ces paramètres historiaux sont souvent négligée dans les débats consacrés aux usages, estime  Alexandre Michelin, DG de MSN Microsoft Europe. Résultat : un manque de curiosité et d’ouverture vers l’international dans les débats sur les usages numériques.

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Clara Schmelck
Clara-Doïna Schmelck, journaliste, philosophe des médias. Rédactrice en chef adjointe d'Intégrales - est passée par la rédaction de Socialter ; chroniqueuse radio, auteur, intervenante en école de journalisme et de communication (Celsa ...).

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