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Les réfugiés sont enfin des arrivants

La chronique « Le crible médias » d’Intégrales Mag.
Par Clara Schmelck

Depuis la publication dans la presse du monde entier de la photographie du corps de l’enfant réfugié sur une plage froide de Kos, les Européens ne se demandent plus pourquoi donner asile aux réfugiés qui fuient la guerre en Syrie, mais comment les accueillir. Signe que la presse revêt un rôle dans la constitution de l’opinion publique propre à influer sur les dispositifs institutionnels. Les « migrants » de juin, « réfugiés » début septembre sont enfin des « arrivants ». Certes, il convient de modérer cet optimisme, quand on voit la lenteur timorée avec laquelle le dispositif d’accueil en France se déploie.

Il n’empêche que lundi 7 septembre, l’Élysée a confirmé que la France accueillerait 24 000 nouveaux réfugiés, conformément au plan de répartition élaboré par la Commission européenne. Son président, Jean-Claude Juncker, souhaite que les pays membres se répartissent 20 000 personnes ayant fui les zones de guerre : 50 400 en Grèce ; 15 000 en Italie ; et 54 000 en Hongrie.

Pour concrétiser l’engagement pris par François Hollande, quelque 600 représentants de villes disposées à accueillir des réfugiés doivent se réunir ce samedi à Paris au ministère de l’Intérieur.

Depuis une semaine, la République est divisée entre communes accueillantes et communes refoulantes. A Sarcelles ou en Lozère, l’intégration des réfugiés est maître-mot. Pourtant, certains maires, à l’instar de François Baroin à Troyes, ont fait savoir qu’ils refusaient d’engager leur commune dans un processus d’accueil, estimant le défi trop difficile à relever en matière de logement et d’emploi. D’autres édiles s’octroient la possibilité de « trier les migrants » en fonction de leur appartenance religieuse – déclarée ou supposée, prétextant que seuls les instances religieuses catholiques sont en capacité de loger les nouveaux venus dans des presbytères.

Le dessinateur de presse algérien Ali Dilem croque les maires de France qui refusent d’accueillir des réfugiés en instrumentalisant la religion. Or, les propos des maires qui disent craindre un afflux de musulmans inaptes à l’adaptation dans leur ville ou village relèvent d’un discours diamétralement opposé aux préceptes du christianisme, croyance et manière de vivre qui prône la considération de l’autre — le judaïsme et l’islam, deux autres monothéismes nés dans l’Antiquité, incarnant également mais pas identiquement une philosophie de l’altérité.

Quant à l’Église, ce n’est pas que l’Inquisition et l’or du Vatican.  Rappelons la notion de « droit d’asile chrétien », toujours en vigueur conformément à la Constitution du 21 novembre 419 du Code Théodosien et par les trois premiers canons du Concile d’Orléans de 511, qui disposent que tout individu est admis à trouver refuge dans les églises chrétiennes s’il cherche à échapper à un quelconque poursuivant, qu’il s’agisse d’un particulier ou d’un agent de l’État. Tout fugitif, soit-il étranger ou apatride — qui se réfugie dans une église ou ses dépendances, est protégé par le droit d’asile.

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Accueillir les réfugiés dans les universités 

Cependant que l’atermoiement administratif rompt avec le calendrier de l’urgence qui est celui des personnes qui s’interrogent sur leur lendemain après avoir réussi à échapper à la tyrannie et au feu des armées,  des universitaires ont décidé de prendre en charge une dimension de la vie nouvelle des arrivants, à savoir l’accueil intellectuel.

Ce samedi 12 septembre, Libération a publié la tribune d’un groupe d’universitaires qui se prononce en faveur de l’accueil de réfugiés au sein des universités françaises.  Les enseignants-chercheurs signataires jugent trop limitées les premières propositions faites la par la Conférence des présidents d’université,  puisqu’elles se contentent de reprendre des dispositifs qui existent déjà : les demandeurs d’asile ont en effet déjà le droit de s’inscrire dans les universités sans procédures préalables et de demander l’exonération des frais d’inscription.

« On pourrait proposer à ceux qui le souhaitent la possibilité d’une première inscription semblable à celle des étudiants étrangers en séjour d’échange, mais gratuite, qui donnerait accès à une année d’études permettant de se familiariser avec le système universitaire français, d’apprendre suffisamment le français mais aussi de développer des relations avec les autres étudiants, et d’assister aux cours de leur choix (voire de les valider) » suggèrent r Stéphanie Hennette-Vauchez, Professeure de droit, université Paris-Ouest Nanterre-La Défense , Valérie Robert, Professeur d’études germaniques, université Sorbonne nouvelle – Paris III , Serge Slama, Professeure de droit, université Paris-Ouest Nanterre-La Défense , Mathieu Brunet, Professeur de Lettres modernes, université Aix-Marseille , Pierre Brunet, Professeur de droit public, université Paris I – Panthéon Sorbonne et Marie-Laure Basilien-Gainche, Professeur de Droit public, université Lyon III .

 

 

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Clara Schmelck
Clara-Doïna Schmelck, journaliste, philosophe des médias. Rédactrice en chef adjointe d'Intégrales - est passée par la rédaction de Socialter ; chroniqueuse radio, auteur, intervenante en école de journalisme et de communication (Celsa ...).

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