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Le Septembre numérique de l’Élysée, ou une nouvelle philosophie du pouvoir

Le calendrier de l’ Élysée aura consacré le mois de septembre aux projets liés au numérique. Au delà d’une vaste opération de communication gouvernementale, il faut y voir l’inflexion d’une nouvelle philosophie du pouvoir.

Rentrée numérique

Le 17 septembre, le président de la République a présenté le projet de Grande École du numérique, dont l’objectif est de rassembler plus de 50 organismes différents au sein d’un label, pour former 2500 élèves à l’horizon fin 2015. Quelques jours plus tard, la secrétaire d’État au numérique, Axelle Lemaire, anticipait les effets d’une éducation des citoyens au numérique en présentant le digital comme un levier de l’exercice de la souveraineté populaire : son projet de loi pour une «République numérique», allait faire objet d’une consultation publique. Axé sur les données personnelles et l’accompagnement de la société dans sa transition numérique, le projet de loi est désormais disponible à tous les internautes. Les 20 idées recueillant le plus de suffrages seront ensuite examinées par le gouvernement.

Le 24 septembre à 17h, la cellule communication de l’Élysée dévoilait la refonte du site internet de l’Élysée. La nouvelle interface accorde le primat aux réseaux sociaux. A gauche de la page d’accueil, un flux de « vines », courtes vidéos relaient l’actualité du chef de l’Etat. La colonne centrale de la page d’accueil est entièrement consacrée aux tweets de la présidence de la République. Autre nouveauté : l’accent mis sur le réseau de partage de photos Instagram.

Par toutes ces mesures qui exploitent le numérique, le gouvernement envoie un signal fort aux citoyens : il ne s’agit pas de regarder et de se laisser séduire par un discours ou par une image, mais de suivre, participer, de commenter. L’ère de la persuasion ne passera pas la crise, place à celle de la participation.

Un temps de présidence

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Le documentaire d’Yves Jeuland « Un temps de Président » et diffusé lundi 28 septembre au soir sur France 3 en Prime Time, à 20h50, a consacré le tournant numérique de la communication élyséenne.

Si le documentaire a dérangé les critiques et certains journalistes, c’est parce qu’il rompait avec les traditionnelles représentations du pouvoir présidentiel de la Vè République. L’omniprésence, dès le début de l’émission, de Gaspard Gantzer, le jeune conseiller en communication du président, indiquait qu’il allait s’agir non pas d’un documentaire sur « le président » mais sur « la présidence ». Arrivé à l’Elysée en avril 2014 pour succéder à Aquilino Morelle, le « conseiller chargé des relations avec la presse et chef du pôle communication » est aussi le stratège du président . A bien regarder la suite des séquences, Gantzer n’était pas omnipotent mais omni-pragmatique. Une manière de montrer qu’il n’y a pas de vide dans l’exercice du pouvoir.

Ce qui est mis en avant, et c’est là le grand changement essentiellement lié à l’apparition du numérique et des réseaux sociaux sur laquelle surfe la communication de l’Élysée, c’est la vie en continu du pouvoir, et non plus la personne du président, présentée de manière fragmentée à travers un focus sur ses délibérations, sa geste, ses silences, ses secrets.

Il n’y a pas de figure présidentielle, entouré d’un aura sublime ou mystérieux, mais bien plutôt une fonction présidentielle, qui s’envisage, au plan pratique, de manière collégiale. Celle-ci peut donc être assumée par le président tout en étant, au moment opportun, incarnée par son conseiller le plus proche. Que le corps présidentiel ne soit plus nécessairement et toujours confondu avec le corps physique du président, c’est cela qui a choqué.

Pépère et Machiavel

« Un Temps de Président » a révélé ainsi comment la communication politique ne consistait pas à redresser la cravate d’un chef d’Etat, à « booster » le charisme d’un président à qui on reproche souvent d’être « technocrate ».

Dans le documentaire d’Yves Jeuland, le communicant est un vecteur de changement de mentalité. Il est filmé de telle sorte à bousculer le citoyen dans sa représentation commune de la fonction de président de la République, et plus largement, à le faire réfléchir sur l’activité du pouvoir politique. Gantzer n’est pas un spin doctor. A ses yeux, la communication n’a de valeur et de finalité que si elle est au service du fond.

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L’opinion est-elle entrain de prendre acte de cette évolution de paradigme ? Dans sa une datée du premier octobre 2015, Le Point transformait soudain « Pépère » en « Machiavel ». Du « petit gros » au « gros dangereux », l’image du président a changé. L’image, seulement l’image…

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Clara Schmelck
Clara-Doïna Schmelck, journaliste, philosophe des médias. Rédactrice en chef adjointe d'Intégrales - est passée par la rédaction de Socialter ; chroniqueuse radio, auteur, intervenante en école de journalisme et de communication (Celsa ...).

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