edwy plenel

Médiapart : du payant à l’heure de Facebook Live

A l’heure où des contenus d’info circulent gratuitement sur Facebook ou Twitter, on peut se demander s’il est encore opportun de faire payer les lecteurs de la presse d’information en ligne. Paradoxalement, l’accès sans contrepartie à l’info sur les réseaux sociaux pourrait fortifier le modèle du pure-player payant. Exemple avec Mediapart

Le prix de l’information

« Le payant est le seul modèle économique viable pour la presse de qualité », a martelé le cofondateur de Médiapart Edwy Plenel, à l’occasion d’un déjeuner organisé lundi 23 janvier  par l’Association des journalistes médias (AJM).

Face au risque que constitue la concentration des titres de presse dans les mains d’industriels qui ne sont pas du métier, il s’est félicité de l’indépendance de son site, détenu par ses fondateurs, sans mécène, ni aide, et appelé les rédactions des médias détenus par des grands patrons à rester « vigilantes« . « Ces grands patrons, vous les mettez tous dans le même sac ? » a demandé un journaliste de Télérama. « On vous laissera faire ce que vous voulez sauf si vous touchez à leurs intérêts« , a balayé Plenel.

edwy plenel

Conversions 

Le précurseur des pure-players d’actualité en ligne a fait savoir que le chiffre d’affaires de Médiapart avait progressé de 10% en 2016 par rapport à l’année précédente, le site comptabilisant 130 000 abonnés contre 118 000 en 2015. Le co-fondateur de Mediapart revendique 4 millions de visiteurs uniques par mois. La part du résultat net 2016 de Médiapart sur le CA a progressé de +15% par rapport à 2015, ce qui a permis à la rédaction de s’étoffer, passant de 65 à 74 salariés « en CDI », précise Edwy Plenel.

Étonnant, alors que n’importe-qui peut désormais accéder gratuitement depuis Facebook à certains contenus vidéo du média. D’ailleurs, Médiapart est devenu un « business case » pour le département d’économie de l’université d’où est issue l’école d’économie libérale de Milton Friedman.

En fait, les Live de Médiapart sur Facebook, produits et réalisés à moindre coûts, drainent des internautes sur le site et encouragent probablement les conversions en abonnements. A l’approche des élections présidentielles françaises, l’émission « En direct de Mediapart » est devenue hebdomadaire à partir du 2 novembre, en direct et en accès libre. Elle est diffusée sur le site de Médiapart, sur YouTube et Dailymotion ainsi que sur Facebook.

Amplement commentée sur Twitter, la soirée Médiapart Live animée par Edwy Plenel et Mathieu Magnaudeix et où Emmanuel Macron était interrogé par plusieurs journalistes de Mediapart, a ainsi rencontré un succès viral. Une partie des auditeurs du Live a rencontré l’envie de découvrir des articles du site et s’est abonnée pour y accéder.  « Par exemple, celui avec Macron et le premier sur la primaire PS avec Montebourg nous ont rapporté chacun 1000 abonnés », détaille Edwy Plenel à Intégrales.

Toutefois, le corrélât entre l’audience des vidéos de Médiapart depuis Facebook et la courbe des abonnés au site du média n’a pas été démontré sur un temps suffisamment significatif. Et Facebook Live ne rapporte presque rien aux éditeurs qui l’utilisent. La participation financière des lecteurs aux actualités, enquêtes et réflexions qu’ils lisent reste le socle de la viabilité économique de médiapart.

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Clara Schmelck
Clara-Doïna Schmelck, journaliste, philosophe des médias. Rédactrice en chef adjointe d'Intégrales - est passée par la rédaction de Socialter ; chroniqueuse radio, auteur, intervenante en école de journalisme et de communication (Celsa ...).

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