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24 jours, la vérité sur l’affaire Halimi : un film dont il faut parler

Le 20 janvier 2006, Ilan Halimi, 23 ans, est appâté puis enlevé par une jeune femme issue d’un groupuscule antisémite, pour être livré à Youssouf Fofana, chef du « gang des barbares ». Séquestré pendant plus de trois semaines dans un appartement de la cité de la Pierre-Plate, à Bagneux (92), Ilan est retrouvé par la police criminelle le 13 février 2006, déchu de ses vêtements et de sa chevelure, le corps supplicié. Il meurt pendant son transfert à l’hôpital.

Alexandre Arcady a choisi de s’appuyer sur le livre-témoignage de Ruth Halimi, la mère de la victime, qui tente de reconstituer les vingt-quatre jours d’horreur que sa famille a vécus pendant le calvaire d’Ilan.

Le long métrage nous plonge dans un quotidien lacéré par plus de six cents appels, des demandes de rançon, des menaces, des intimidations.  24-jours-la-verite-sur-l-affaire-Ilan-Halimi-affichePendant que Fofana entreprend d’intimider Didier, le père d’Ilan,  la brigade criminelle déploye sa tactique : sauver l’otage sans consentir à nulle contrepartie, gagner du temps pour localiser les ravisseurs et maintenir un silence médiatique afin de ne pas compromettre la vie d’Ilan. Autant de choix que le réalisateur questionnera tout au long du film, à l’appui des éléments fournis par le livre de Ruth Halimi.

Le film est pénible à regarder, tant les ralentis répétés prolongent le jeu crispé et dissonant des acteurs.

Les scènes de famille n’échappent pas d’ailleurs à quelques clichés dont on se serait volontiers passé :  les femmes donnent dans les aigus, crient, pleurent, et cassent des assiettes. Aux hommes de les consoler, et de se conformer plus raisonnablement aux préconisations de la police.

Les scènes de tortures subies par Ilan dans l’appartement du HLM de Bagneux où il est détenu en captivité sont systématiquement accompagnées, comme si cela était indispensable, d’une musique larmoyante.  Quant au récit de l’enquête policière, qui constitue la trame narrative du film, il est assez nerveux pour donner au film un arrière plan de thriller, mais la pauvreté musicale de la bande sonore gâte le rythme de l’action. Et, jouer sur le terrain du thriller est-il pertinent, dans le cas où le spectateur connait par avance l’issue de l’histoire ?

Le récit d’un insoutenable silence

Sur le fond, le cinéaste a délibérément désolidarisé les parcours individuels et les problèmes de société de l’affaire Ilan Halilmi, qu’il veut identifier exclusivement comme un acte antisémite :  « Moi, j’en ai assez de trouver des excuses à ces assassins. Pas de circonstances atténuantes – l’enfance difficile, l’absence du père -, ça suffit ! Ils ont choisi une victime en reprenant à leur compte le vieux fantasme : juif = argent = communauté solidaire, et c’est impardonnable.», s’énerve Alexandre Arcady dans le dossier de presse du film.

On ne peut nier que, quelque-soit l’état de santé des assassins et de leurs conditions de vie, il a s’agit d’un acte sciemment antisémite. Un angle légitime, donc, mais au prix de personnages caricaturaux. Tony Harrisson, dans le rôle de Youssouf Fofana, endosse un rôle de barbare écervelé éructant et se bavant dessus. Ce qui est dommage, c’est qu’il est plus répugnant qu’effrayant.

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Plus intéressante est la façon dont le cinéaste joue sur le topos du silence, qui serpente insidieusement tout le récit.

Tout se tait, hormis la famille Halimi, dans ce film où le spectateur étouffe entre l’étroitesse des rues giflées de barres HLM , parallèles aux couloirs étroits des administrations. On est asphyxié par la complicité sourde des petites gens et la peur inavouée des gens d’uniforme.

Le réalisateur a t-il voulu faire écho à ces années qui  ont précédé celles où la France livrait à l’occupant les citoyens classés comme juifs (dans les années 1930, des ligues d’extrêmes droite allaient « tabasser des juifs » dans des faubourgs, certaines affaires restant classées, NDLT) ? En tous cas, le long métrage d’Alexandre Arcady mobilise les mémoires.

Malgré ses maladresses et ses longueurs,  » 24 jours, la vérité sur l’affaire d’Ilan Halimi » est un film qui mérite que l’on en parle.

– 24 jours, la vérité sur l’affaire d’Ilan Halimi 24 jours, la vérité sur l’affaire d’Ilan Halimi d’Alexandre Arcadyavec Zabou Breitman, Pascal Elbé, Jacques Gamblin, Sylvie Testud… 1 h 50.

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Clara Schmelck
Clara-Doïna Schmelck, journaliste, philosophe des médias. Rédactrice en chef adjointe d'Intégrales - est passée par la rédaction de Socialter ; chroniqueuse radio, auteur, intervenante en école de journalisme et de communication (Celsa ...).

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