Européennes : le double langage du FN

 

Il ne cesse depuis des années de ferrailler contre les partis de l’establishment, « UMPS » en tête, pourtant le FN peine tout autant à mobiliser ses électeurs à l’occasion du scrutin du 25 mai prochain qui pourrait bien marquer une nouvelle abstention record en France. Si selon les instituts de sondage, la formation frontiste a de fortes chances de se hisser en tête dimanche dans la soirée, juste devant l’UMP, les arguments manquent aux élus bleu Marine pour donner des raisons tangibles aux électeurs d’aller voter contre une institution que le parti combat officiellement. Un double langage qui pourrait coûter très cher à Marine le Pen pour 2017 : éclairage.

 

Dimanche matin, Marine le Pen affichait son sourire des grands jours quelques heures avant le meeting organisé par son parti dans la capitale, mais la bonne humeur apparente n’aura été que de courte durée. Partie en guerre sainte contre l’abstention à quelques jours des européennes, la patronne du Front National est loin d’avoir fait salle comble à la salle équinoxe, dans le 15ème arrondissement de Paris, où les militants franciliens du parti d’extrême droite étaient conviés ce 18 mai.

Revers de la médaille incontestable pour Marine le Pen dont le manque de cohérence et la stratégie de nivellement mise en place à son arrivée à la tête du parti, commencent à exaspérer jusque dans son propre camp. Dit autrement, ses militants et par extension les électeurs français reconnaissent en quelque sorte que le Front National est devenu avec les années un parti comme les autres, ce que ne conteste d’ailleurs pas la patronne du Front, tout en expliquant à ceux qui veulent bien l’entendre qu’au FN rien n’a changé, même si les petites phrases et autres amitiés douteuses en vogue sous la présidence du Père, sont désormais officiellement bannies.

Logo de campagne du Front National pour les Européennes
Logo de campagne du Front National pour les Européennes

Le FN, formation des plus traditionnelles en quête de reconnaissance politique, est à son tour victime du désaveu grandissant des électeurs à l’égard de leur édiles politiques : des Français qui ne croient plus en la politique, et encore moins à ceux qui la font. Pendant qu’à l’état-major du FN, les ténors du parti retiennent leur souffle, certains candidats prédisent déjà un raz-de-marée frontiste, à la faveur des derniers sondages qui attribuent toujours la 1ère place au FN, et le créditent même de 23% des voix, ce qui signerait un record. Et Wallerand de Saint-Just de fanfaronner : « Nous avons 2 objectifs : dépasser la barre des 20 % des voix et constituer un groupe au Parlement européen », prévenait ce vendredi cet ancien candidat FN à la mairie de Paris.

Faut-il y voir le signe avant-coureur d’un résultat aux antipodes des sondages, toujours est-il qu’aux pays-Bas, le Parti pour la liberté (PVV), formation populiste emmenée par Geert Wilders, a essuyé un revers magistral ce jeudi soir, alors que comme le FN en France, il était donné favori. Allié principal de l’extrême droite française pour ce scrutin, le parti résolument anti-européen n’aurait recueilli qu’autour de 12% des voix selon les dernières estimations, et perd donc ainsi deux des cinq sièges dont il disposait jusque-là au Parlement européen.

Selon les premières estimations, la formation populiste de Geert Wilders ne recueillerait que 12% des voix aux européennes, et se voit ainsi privée de deux sièges sur les cinq dont elle disposait au Parlement européen.
Selon les premières estimations, la formation populiste de Geert Wilders ne recueillerait que 12% des voix aux européennes, et se voit ainsi privée de deux sièges sur les cinq dont elle disposait au Parlement européen.

Un score qui doit pour beaucoup au faible taux de participation (37%) pour ce parti qui n’a cessé de faire campagne en faveur de la sortie de l’Union et n’a visiblement pas su mobiliser les foules. A la faveur d’un accord conclu avec le FN avec lequel il espérait « dynamiter le Parlement de l’intérieur », le parti europhobe ambitionne de rallier le plus grand nombre de mouvements eurosceptiques à l’issue des élections et parvenir ainsi à ses fins. La manoeuvre apparait des plus délicates, surtout si cette vague abstentionniste qui semble déferler sur l’Europe prive le parti de Marine le Pen d’une partie de ses propres électeurs…

Ils votent ou s’apprêtent à le faire, tour d’horizon chez nos voisins européens :

Après le Royaume-Uni hier, ce sont les électeurs de la République tchèque et de l’Irlande qui votaient ce vendredi. Ils seront suivis ce samedi par les électeurs de Slovaquie, de Malte et de Lettonie ce samedi. Le plus gros du vote, ce sera pour dimanche, avec en plus de la France, 21 pays de l’UE.

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