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Big data, robots journalistes : et l’humain, dans tout ça ?

DOSSIER SPECIAL BIG DATA 2/4

Baudruche du management et du marketing brandie telle un ballon de fête en pleine crise, le mot double, mix heureux d’anglais et de latin, évoque une opportunité nouvelle, une générosité bienvenue. Concrètement, ce terme générique revêt des enjeux stratégiques, politiques et éthiques qui nous concernent tous. De manière perceptible, le big data induit de nouveaux objets technologiques et de nouveaux usages. Mais pour quelles implications anthropologiques et philosophiques ?  Reportage. 

 

A la 13è Conférence LeWeb14, organisée du 9 au 11 décembre 2014 par Loïc Le Meur aux Docks Saint-Denis, virevoltent objets connectés, robots et autres drones : le big data est l’algorithme de lame de fond de cette rencontre, étant donné que les innovations présentées par les jeunes start-ups ont toutes pour point commun la maîtrise des données anonymisées.

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Le progrès technologique va toujours plus vite que le progrès de l’esprit, s’était exclamé Bergson après avoir visionné son premier film, aveuglé encore par ce kino-théâtre dans le noir.

Alors que la population est à peine éduquée à préserver ses données personnelles, la technologie du Brain Data succède à celle du Big Data, qui consistait à identifier et à exploiter les traces laissées par les individus sur internet (web, objets connectés au web et entre eux, plateformes).

France Télévisions et la start-up rennaise Mensia présentent un objet connecté qui permet de connaître en temps réel l’état de nos émotions, et permettre d’adapter la recommandation en fonction de différents états : sérénité, nervosité, fatigue, etc. Stressés ? Pluzz vous accompagnera vers un programme relaxant.

 Jusqu’à présent, le mobinaute était toujours conscient et responsable ses données personnelles, dont il pouvait prendre connaissance à condition d’en faire la démarche. Mais, avec la venue de nouvelles interfaces numériques qui utilise les données électriques de notre cerveau pour piloter des services, et qui sont présentes lors de ce salon, ce ne sera peut être plus le cas.

La fée entité connectée

L’événement, tant dans son architecture que dans son déroulement, a des airs de l’expo universelle de 1900. Paris fêtait alors la fée électricité, comme il célèbre aujourd’hui l’entité connectée.

Hier, mercredi 10 décembre, une session était consacrée organisée mercredi sur le « futur de l’esprit » avec, et ce n’est anodin, des scientifiques spécialistes du cerveau. L’amalgame entre cerveau et esprit est lourd d’implication. Expurger de la technologie toute dimension métaphysique, c’est ouvrir un boulevard aux robots, et rabaisser l’humain au même rang que lui. Un robot peut être doté d’un bloc-cerveau, non d’un esprit.La presse française, quant à elle, n’a pas relevé le glissement, cela sans doute par souci de ne pas paraître anxiogène quand la France présente des motifs d’enthousiasme.

Certains projets se servent de la technologie de l’exploitation des données personnelles et de l’open data pour développer des formes évoluées de vie civile. Modes de circulation douce, partage de jardins, recyclage fin des biens de consommations…

Il faut dire surtout que la « nébuleuse data », mantra d’un pays dont l’industrie se cherche un avenir, encourage unanimement. Le big data et son champ de possibilité apparemment infini a séduit Emmanuel Macron, le ministre de l’Economie, qui est venu sur scène soutenir les entrepreneurs qu’il tient pour les acteurs de l’innovation : « mon métier (…) est de créer le CAC40 de demain, en permettant à ces entreprises de prendre des risques et d’innover ». Axelle Lemaire, la secrétaire d’Etat au numérique, a accepté pour sa part de faire partie du membre du jury du concours de startups, aux côtés de Xavier Niel (Free), Jacques-Antoine Granjon (Vente-privée), Marc Simoncini (Meetic, Jaina) et Pierre Kosciusko-Morizet (PriceMinister, ISAI).

Du Big data au Brain Data

De quoi éluder des discussions toutes les implications anthropologiques et philosophiques de ces inventions ? B4ZeNVPCEAAGgRH

  » C’est un petit robot haut comme trois pommes, dans un décor de JT de 20 heures, qui présente les nouvelles avec une voix synthétique plutôt chaleureuse », décrit ainsi le site de France Info au sujet d’un robot journaliste présenté au Web14. Le robot est animé par un logiciel capable de lire un article écrit et d’en faire un reportage vidéo. Le programme analyse le texte, identifie les informations importantes, rédige un commentaire, et va chercher sur YouTube ou dans des bases de données images pour illustrer le sujet. »

Une façon de tordre le coup à la réticence de la profession face au développement du robot-journalisme. Mais, ce qui semble réellement menaçant, ce ne sont pas les robots eux-mêmes, mais peut-être la façon dont l’homme sacralise la machine, au point de se dévaloriser lui-même en se mettant à égalité avec le robot.

« Ce n’est pas la technique qui nous asservit mais le sacré transféré à la technique », avait prévenu le philosophe Jacques Ellul.

Avec l’utilisation du corps humain comme source de données, le big data s’étend jusqu’aux signaux émis par notre cerveau. Et cette fois, la question de la propriété des données culturelles intimes se pose : à qui appartiennent les données immédiates de la conscience ? L’existence de l’esprit, qui est ni plus ni moins celle de l’homme, est décidément irréductible.

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Clara Schmelck
Clara-Doïna Schmelck, journaliste, philosophe des médias. Rédactrice en chef adjointe d'Intégrales - est passée par la rédaction de Socialter ; chroniqueuse radio, auteur, intervenante en école de journalisme et de communication (Celsa ...).

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