Pourquoi l’accident de train mortel au Cameroun échappe à « la loi du mort kilomètre »

Au moins 60 personnes ont été tuées dans un accident de train survenu vendredi, entre Yaoundé et Douala au Cameroun. Un événement que la presse française couvre largement, brisant la loi dite « du mort-kilomètre ».

 

imagesVendredi dans la mi-journée, un  train assurant la liaison Yaoundé-Douala a déraillé aux abord de la ville d’Eseka. Au moins 60 voyageurs ont perdu la vie, – certaines sources parlent de 200 morts- et un grand nombre d’entre eux sont blessés.

« Des enquêtes techniques sont menées actuellement pour déterminer les causes de cet effroyable accident et leurs conclusions, dès qu’elles seront connues, feront l’objet d’une communication« , a indiqué dans un communiqué Camrail, une filiale du groupe français Bolloré. Le président camerounais Paul Biya a promis, à la télévision nationale, « une enquête approfondie sur les causes de cet accident ». Une déclaration à laquelle la presse française a tendu l’oreille avec l’attention. Le président s’est également exprimé depuis sa page Facebook.

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Dépêche AFP caviardée

Dans la presse française, l’événement est largement relayé depuis deux jours. On suit l’avancée des secours, l’évolution de l’estimation du nombre de morts et de blessés. Et ce n’est pas les réseaux sociaux qui ont poussé la presse à donner un fort écho à cet accident , mais bien les médias eux-mêmes.

Le fait que la compagnie Camrail, dont le français Vincent Bolloré est l’actionnaire majoritaire, explique t-il cette assiduité ?

En 2014, quand une vingtaine de personnes ont été tuées et 112 blessées dans le déraillement d’une locomotive et de quatre voitures à 100 kilomètres au sud de Bombay, l’accident avait été  relaté dans les pages « Asie-Pacifique » du Monde.

Au lendemain de l’accident, Direct Matin, un quotidien appartenant au groupe Bolloré, a supprimé dans la dépêche copiée-collée dans son journal la référence à laquelle la compagnie ferroviaire incriminé dans l’accident.

Cette omission grossière n’a pas échappé aux journalistes sur Twitter, qui ont du même coup augmenté la visibilité des information sur un accident ferroviaire survenu à des milliers de kilomètres de l’hexagone. Avec en prime, un effet streisand garanti : maintenant, tout le monde sait que la compagnie « appartient » à Bolloré.

 

 

 

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Clara Schmelck
Clara-Doïna Schmelck, journaliste, philosophe des médias. Rédactrice en chef adjointe d'Intégrales - est passée par la rédaction de Socialter ; chroniqueuse radio, auteur, intervenante en école de journalisme et de communication (Celsa ...).

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