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Les acteurs du podcast veulent mieux faire entendre leurs voix

La 2e édition du Paris Podcast Festival se tient à la Gaîté lyrique du 18 au 20 octobre 2019, sur fond d’inquiétude des producteurs indépendants du verrouillage progressif d’un secteur qu’ils désirent ouvert à tous.

Indicateurs de qualité

Masterclass, présentations, tables rondes : en 2018, la première édition du Paris Podcast Festival avait attiré quelques 4 500 visiteurs à la Gaîté Lyrique. Cette année, du 18 au 20 octobre, le festival espère attirer autant sinon plus de paires d’oreilles intéressées. C’est dire que le podcast est un format émergent. Selon une étude InstitutCSA/HavasParis, 9% des Français écoutent des podcasts natifs au moins une fois par semaine. 3/4 seraient prêts à payer pour leurs programmes préférés, 57% pour se passer de la publicité.

Un podcast dit « natif », à la différence du podcast de radio qui permet de rattraper une émission que l’on n’a pas pu écouter lors de sa diffusion, est un moment sonore conçu, produit et diffusé exclusivement en ligne et auquel chacun peut accéder grâce à une application quand il le souhaite.

La baladodiffusion, pour reprendre le terme québécois-, tout le monde s’y met : indépendants, radios, studios (Louie Media, Binge Audio, Nouvelles Écoutes…), titres de presse écrite (Le Monde, Libération, Le Figaro) plateformes de streaming musical (Deezer, Spotify)…

Néanmoins, toutes les offres de podcasts ne se valent pas. A la Revue des médias (INA), Matthieu Beauval, de Radio France, est net : produire un bon podcast exige, au delà de la pertinence des angles adoptés, une réflexion dans la manière de transmettre les informations est nécessaire : « Un bon podcast va s’aventurer sur de nouveaux modes de narration, tenter de s’adresse au public d’une nouvelle manière. » (Source : INA). Cela peut impliquer un travail sur le ton, la position (pédagogue ou non) à adopter par le présentateur ou la présentatrice pour parler de tel ou tel sujet, interprète Xavier Europe, qui a recueilli ses propos.

Podcast is business

Bien faire et faire beau, mais avec quels moyens financiers et humains ? La considération de tels indicateurs de qualité éditoriale amène directement celle de la viabilité des modèles économiques de ce nouveau venu dans la production de contenus médiatiques.

« Nous restons une entreprise dont le business model doit permette cette création ambitieuse, indépendante et éditorialement forte. Il faut trouver des moyens de gagner de l’argent, et cela passe par le brand content et le sponsoring. » admet avec lucidité Nora Hissem, directrice de la communication et du marketing de Nouvelles Ecoutes. (Source : INA)

Podcast is business. En 2019, Binge Audio le sait et a signé un accord d’exclusivité avec Spotify pour le programme On est chez nous », diffusé à partir d’octobre 2019. Le nouvel agrégateur de contenus Sybel a également racheté le programme Black Panthers, une production du label Binge Audio Stories.

La réalité du podcast est moins festive que le Paris Podcast Festival le laisse entendre. La plupart des producteurs audio souffrent de modèles économiques instables : abonnements, publicités, contenus sponsorisés, animation d’évènements ou de formations. Il n’y a pas de recettes miracles.

Promouvoir l’aide à la création, discuter avec les plateformes

Mais, la qualité des contenus audio des podcasts natifs doit-elle dépendre entièrement de la stabilité des modèles économiques ? « Le marché veut désormais défendre l’idée qu’il a besoin d’aides à la création comme les autres secteurs » a rappelé aujourd’hui à la Gaîté lyrique Joel Ronez, co-fondateur de Binge Audio. Ce pionnier du podcast en France vient de se rassembler avec 7 acteurs au sein des Producteurs indépendants audio (IPA).

« L’objectif est de promouvoir la création, plaider pour la mise en place d’aides à l’écriture et la création, et élaborer des propositions dans les discussions avec les autres structures, entreprises et organismes (ministère, sociétés d’auteur, plateformes etc.) », détaille Joël Ronez.

Ce vendredi 19 octobre, le ministre de la culture a annoncé via Martin Ajdari (directeur de la DGMIC) la création d’une mission de réflexion sur la création et le podcast confiée à François Hurard (inspecteur des affaires culturelles). C’était une des demandes du PIA (syndicat des producteurs audio indépendants.

L’enjeu est la préservation d’un écosystème ouvert du podcast. Lundi 10 juin dernier, plus de 150 producteurs de podcasts avaient signé un manifeste visant à signifier leur « attachement à un écosystème ouvert du média podcast ». Publié sur le site Podcast ouvert, le texte s’oppose à « toute intégration automatique, sans accord préalable » de leurs contenus sur des plates-formes aux « pratiques atypiques ». Au premier rang desquelles la monétisation de leur service « en intercalant des publicités audio / vidéo dans un ou autour des contenus [qu’ils] produisent ». Magelan était clairement visé.

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Ce vendredi 18 octobre 2019, de 16h à 17h, la Revue des médias de l’INA anime la table ronde « Quelle mesure d’audience fiable pour les podcasts natifs ? ». Autour de la table, Xavier Eutrope, rédacteur à la Revue des médias de l’INA, le magazine qui analyse les mutations des médias, Julien Loisy (président, Podcastéo), Cédric Bégoc (director of content France, ACAST), Jean-Paul Dietsch (directeur de l’ACPM OJD), un représentant de Deezer.

Focus sur les trésors vocaux de l’INA, partenaire officiel du Paris Podcast Festival et dévoile à cette occasion les podcasts des lauréats d’INALAB 2019

Présentation en avant-première des projets des lauréats de l’appel à projets INALAB 2019
Samedi 19 octobre 2019 – de 17h45 à 18h45 – Auditorium
Séance présentée par Agnès Chauveau, Directrice déléguée à la diffusion et à l’innovation, en présence des lauréats de l’appel à projets.

Adressé aux auteurs de pocasts en février dernier, l’appel à projets INALAB 2019 est destiné à soutenir la production de nouveaux formats audio et à encourager une appropriation innovante des collections radiophoniques de l’INA. Le comité d’orientation éditorial de l’INA, présidé par Laurent Vallet et bénéficiant du concours de personnalités issues d’horizons professionnels variés (édition, recherche universitaire, cinéma ou médias numériques), a ainsi sélectionné 6 projets qui ont bénéficié de la part de l’INA d’une participation au financement de leurs projets, d’un accompagnement en industrie et de la diffusion des programmes issus de leurs projets.

« Ces six projets se sont imposés au Comité par le caractère innovant et audacieux de la création proposée, notamment dans le dispositif narratif et l’appropriation des archives INA, leur cohérence éditoriale globale, la complémentarité et fluidité dans l’usage combiné des archives et des prises de son originales, leur nature sérielle et le soin apporté à la qualité audio des pilotes proposés. », précise l’INA dans un communiqué.

Le coup de coeur d’Intégrale : « Cherchez le daron », de Crystal Selosse et Laurie Pinon. Deux amies trentenaires enquêtent sur la jeunesse de leurs pères disparus. Avec humour et émotions, entre archives sonores et tournage actuel, elles vous proposent une plongée dans l’univers underground du Paris des années 1980.

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Clara Schmelck
Clara-Doïna Schmelck, journaliste, philosophe des médias. Rédactrice en chef adjointe d'Intégrales - est passée par la rédaction de Socialter ; chroniqueuse radio, auteur, intervenante en école de journalisme et de communication (Celsa ...).

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