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7 octobre : un jour « russophobie » friendly

par Filip Aksiovsky (Saint-Pétersbourg)

Sept octobre, jour des cadeaux. En 2006, c’était l’assassinat de la journaliste et défenseuse des droits de l’homme Anna Politkovskaïa. En 2017, des manifestations organisées par Navalny. En 2019, le rappeur Husky fait comme en 2011, il offre une chanson au président russe. Le 9 octobre, un autre rappeur, Ligalize, fait de même, pour « ramper aux pieds du tsar ». Aucune flagornerie, les rappeurs Husky (Dmitry Kouznetsov, 26 ans) et Ligalize (Andreï Menshikov, 42 ans) relèvent la tête alors que d’autres musiciens (Face, IC3PEAK) semblent faire baisser d’un cran la virulence de leurs textes depuis les surveillances accrues du monde musical – suite aux remarques de Vladimir Poutine sur le rap en décembre 2018.

« J’ai presque failli oublier d’adresser mes vœux, mais j’ai réussi à temps », écrit Husky sur les réseaux sociaux à 23h50 le 7 octobre 2019, et son cadeau d’anniversaire, sans compromissions, est une encyclopédie de scandales liés aux cercles du pouvoir et à la « nouvelle noblesse en uniforme du FSB » : des fans commentent chaque ligne des chansons (dans les versions de 2011 et 2019), derrière presque chaque mot il y a une allusion, on se croirait à un colloque international sur le crime organisé.

Dans le clip (voir plus haut), mis en ligne sur Youtube aux petites heures du 8 octobre, on découvre une pièce sordide, « une tombe », avec un portrait effrayant (qui rappelle quelqu’un de connu…), sur le mur une carte de l’Union soviétique brûle, le drapeau russe est à l’envers. Par un trou dans le mur, on découvre un paysage étrange, comme si l’évasion ouvrait sur un monde qui n’arrive pas à se débarrasser d’une inquiétude persistante.

Le lendemain, dans Stagnation 2.0 (voir vidéo plus bas), Ligalize constate qu’« il est temps de se mettre à la russophobie », car, quand même, « on ne va pas faire comme s’il n’y avait pas de guerre froide civile » ?! L’auteur du clip, Pavel Bardin, a voulu faire quelque chose de « viandard et actuel, travailler sur cette facture c’est que du plaisir » (propos tenus sur Meduza.io). De nuit, dans un stade, on assiste au combat entre ceux qui « ont Staline dans leur cœur » (des OMON, les CRS russes) et des ballerines, « le peuple russe si talentueux et lumineux ». Tout y passe : militarisme, Crimée, Donbass, Syrie, Salisbury et encore « plus de sang (…), plus de mal pour la Russie, pour qu’autour de nous plus personne ne nous supporte ».

Choquant ?

Bien sûr que non, on ne va pas gâcher une fête d’anniversaire pour si peu. Alors « le 8 on va faire la fête, et le 9 on va faire la fête, et le 10 on va aussi faire la fête, et le 11 on va faire la fête, et le 12 on va faire la fête, et le 13 on va faire la fête, et le 14 il n’y aura plus de pétrole » dit Husky en 2011 (voir plus bas).

Il y a eu d’autres beaux cadeaux.

Le plus émouvant, devant sa mère en pleurs au Tribunal de la ville de Moscou, c’est Daniil Beglets, 26 ans, à qui on a confirmé la condamnation à deux ans de colonie pénitentiaire pour avoir attrapé la main d’un policier lors des manifestations estivales pour un peu plus de justice. Quelle magnifique journée que ce 7 octobre 2019 !

Filip Aksiovsky (avec Farouk Atig)

Militant des droits de l’homme, Filip Aksiovsky est correspondant d’Intégrale à Saint-Pétersbourg

 

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