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Précarité : les étudiants ont la mort au CROUS

L’immolation d’un étudiant qui dénonçait « la précarité étudiante » aurait dû faire la une de tous les journaux. La nouvelle a fait l’objet d’entrefilets. Preuve que la misère en milieu étudiant est un sujet violemment évité, comme le dénonce le jeune homme dans la lettre où il explique son geste désespéré.

Misère sans fin en milieu étudiant

Le geste désespéré de cet étudiant de 22 ans qui s’est immolé devant le CROUS de Lyon vendredi 8 novembre aurait dû faire la une des quotidiens. Il est passé presque inaperçu, démontrant que ce que disait le jeune homme dans sa lettre sur son compte Facebook, était cruellement exact.

Le jeune homme a expliqué vouloir dénoncer la « précarité » étudiante.

Le mot de « précarité » est un euphémisme pour ne pas prononcer ce qu’il cache cruellement : la misère. La solitude de vivre modestement sans bénéficier de solidarité financière et surtout de soutien moral, d’habiter dans un climat quotidien d’angoisse de fin du monde, d’entendre chaque matin des soupirs désespérés d’éditorialistes fatigués sur les chaînes d’info..

Car par « précarité », il faut entendre clairement « misère ». Car la précarité n’est pas qu’une question pécuniaire. On peut vivre en France sans danger avec peu d’argent, pourvu de ne pas être endetté, de ne pas subir de charges obligatoires (véhicules, charges élevées attachées au logement, tiers à nourrir).

Pèse surtout sur l’étudiant/e de faculté (les filières non sélectives sélectionnent en fait insidieusement par l’argent) qui n’est pas fortuné(e) la violence du regard des autres, de l’indifférence à peine courtoise, des regards, des injures; la violence des récurantes propositions indignes d’une obscénité à en faire pâlir un Booba; la violence des agissements impunis de ses pairs.

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Il est temps de mettre en place des structures qui permettront à tous les étudiants de France post bac de choisir des formations supérieures adaptées, au des admissions au mérite, offrant un réel suivi pédagogique (sur le modèle des CPGE et des grandes écoles) et où ils peuvent être rémunérés contre des services correspondant à leur cursus, tout en étudiant assidûment, cela dans la perspective de se construire sciemment et sereinement un parcours professionnel.

Cela diminuerait les inégalités obscènes qui sévissent- surtout en faculté, où l’absence de sélection académique et d’incitation forte à l’effort intellectuel est remplacée par la sélection sur l’argent hérité des familles.

Dans son texte, le jeune homme a évoqué le rôle néfaste des influenceurs de la société, à l’instar des éditorialistes des chaînes d’info, qui enfoncent le clou en prédisant un avenir catastrophique aux jeunes – implicitement les jeunes dépourvus de fortune initiale personnelle.

On peut aussi dénoncer vigoureusement le manque patent de solidarité entre étudiants de faculté, lesquels sont très enclins à juger leurs camarades sur le volume de leur portefeuille et leur capacité à claquer de l’argent en sorties, en relations et en vêtements. Beaucoup excluent les moins fortunés et n’hésitent pas à violer l’intégrité physique et morale des jeunes hommes et filles de condition modeste , raisonnant ainsi :
« les pauvres ne valent rien, on peut tout faire sur eux. » ou leur suggèrent explicitement d’accepter de céder leur intégrité physique contre de l’argent facile.

L’acte du jeune homme et la lettre qu’il a publié pour expliquer son geste rappelle l’état des lieux publié à Strasbourg « De la misère en milieu #étudiant ». Paru en 1966, ce texte ouvrira la voie aux revendications de mai 1968.
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Clara Schmelck
Clara-Doïna Schmelck, journaliste, philosophe des médias. Rédactrice en chef adjointe d'Intégrales - est passée par la rédaction de Socialter ; chroniqueuse radio, auteur, intervenante en école de journalisme et de communication (Celsa ...).

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