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Finkielkraut sur LCI : le second degré n’est pas l’ironie

Le langage engage. il convient de distinguer la tirade de #d’une proposition assertorique, cela pour renforcer l’argument selon lequel ce registre de discours – le second degré- ne le dispensait aucunement d’endosser la responsabilité d’une telle parole sur le viol.

« Toutes les opinions sont-elles bonnes à dire ? » : tel était le thème de l’émission de débat « La Grande Confrontation » diffusée mercredi 13 novembre à 20 h 45 sur LCI et animée par David Pujadas. Au cours de cette émission, le philosophe et académicien Alain Finkielkraut a choqué par ses propos tenus sur le viol.

Un extrait diffusé par Nous toutes a déclenché une polémique :
« Violez, violez, violez ! Je dis aux hommes : violez les femmes. D’ailleurs, je viole la mienne tous les soirs ! ». Un appel au viol ou un emportement ironique à prendre au second degré ?

Le second degré n’est pas une figure de style

Cette tirade d’Alain Finkielkraut, adressée à Caroline de Haas, cofondatrice d’Osez le féminisme, présente face au philosophe sur le plateau de La Grande Confrontation, prétendait être une démonstration par l’absurde du raisonnement de Caroline de Haas, bref, de l’ironie.

Certes, l’académicien n’a pas affirmé le bien-fondé du viol en contexte conjugal ni appelé au viol.

Mais, ce n’est pas parce qu’on croit parler par antiphrase que l’on fait de l’ironie.

« Toute antiphrase relève du niveau de la pragmatique, c’est à dire que l’antiphrase ne dépend pas de la phrase mais du dispositif dans lequel elle est prononcée et / ou des dispositions de celles et ceux qui l’entendent. Autrement dit, faire une antiphrase, c’est justement compter sur des présupposés, de nature sociale.

D’autre part, l’antiphrase fait ici appel à des présupposés sociaux lourds et des présupposés qui portent sur l’identité sociale du locuteur : pour croire que Finkelkraut dit le contraire de ce qu’il pense en appelant au viol, il faut se faire de Finkelkraut l’idée que Finkelkraut sa fait de sa position sociale et de lui-même occupant cette position. », recadre Emmanuel Péhau, professeur de philosophie.

L’ironie est une méthode qui vise à interroger les présupposés. Ce n’était pas le sens du propos d’Alain Finkielkraut sur le plateau, qui cherchait indéniablement à provoquer l’outrage, tout en s’estimant autorisé à le faire en vertu de sa notoriété. Le second degré – qui était effectivement le registre de discours auquel a eu recours le philosophe sur le plateau – n’est pas de l’ironie. Et ne dispense en aucun cas l’auteur du propos de la responsabilité de ses paroles.

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Clara Schmelck
Clara-Doïna Schmelck, journaliste, philosophe des médias. Rédactrice en chef adjointe d'Intégrales - est passée par la rédaction de Socialter ; chroniqueuse radio, auteur, intervenante en école de journalisme et de communication (Celsa ...).

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