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Nous Toutes : et maintenant, ce sera comment ?

Pendant longtemps, les médias ont évoqué le « crime passionnel » pour relater les assassinats au sein du couple – commis en grande majorité par l’homme envers la femme, justifiant l’acte criminel par un excès d’amour. En 2019, le terme de « féminicide » fait sa place. Est-il pleinement exact ?

La marche Nous Toutes a réuni samedi 23 novembre dans toute la France près de 150 000 personnes.

A l’approche du Grenelle des violences conjugales, opération de communication du gouvernement autour des violences faites aux femmes au sein du couple, Libération fait sa une sur les 100 femmes assassinées par leur conjoint/copain ou ex. « 100 Feminicides » depuis le début de l’année, pointe le quotidien.

Uxoricides

Parmi les slogans secs des samedi 24 novembre, « stop aux féminicides » recevait fréquemment.

Feminicide, un terme discutable. Il s’agit en réalité d’uxoricides, où feminicides conjugaux. Les femmes ne sont assassinées au simple motif de leur sexe mais lorsqu’elles se trouvent en tant que femmes sur l’échiquier de l’intime, cela de leur gré ou contre leur volonté : dans leur exercice d’épouse, compagne, copine ; dans leur statut d’ex; de fille convoitée.

Le couple, relation duale, close, et secrète est une configuration sociale qui exacerbe la gravité de la souffrance en cas de cruauté de l’un des partenaire ou des deux. Autrement dit, aucune instance extérieure ne régule le couple, union privée de deux majeurs consentants. Le respect de l’intégrité physique et morale de l’autre partenaire ne tient qu’à la moralité des deux adultes.

L’an dernier, le ministère de l’Intérieur avait recensé 121 crimes sur conjoint, soit environ un tous les trois jours. C’est près de 20 % des 745 cas d’homicides volontaires. Dans huit cas sur dix, les victimes de ces meurtres sont des femmes.

Les femmes davantage vulnérables en cas de violence dans le couple

Les femmes subissent des carrières perforées par des congés de maternité et les emplois à temps partiel, gagnent moins que leurs homologues masculins et restent souvent victimes de travail non rémunéré et illimité, car souvent préposées aux tâches domestiques et à la charge des enfants. De ce fait, le schéma du couple, tel qu’il demeure, fait courir le risque aux femmes de se trouver épuisées, isolées et paupérisée, et donc davantage vulnérables en cas de comportements permissifs, d’agressions – allant jusqu’au meurtre- par le conjoint.

Un homme victime d’une conjointe ou « copine » violente (coups, manipulation affective, humiliations, chantage sur la progéniture …) aura structurellement plus de chance de s’en défaire sur un plan matériel, bien que les conséquences psychiques de cette violence ne sont pas à minimiser.

Certes, le terme de « féminicide » a le mérite de souligner la vulnérabilité des femmes en cas de violence. Mais, le seul substantif de « féminicide » tend néanmoins à laisser sous silence la vulnérabilité des femmes précisément dans la configuration des relations interpersonnelles intimes. C’est précisément dans le cadre du « couple » que la femme encourt le plus grand risque d’être victime de violences (psychologique, sexuelle, physique) et d’être tuée par son conjoint, ex conjoint ou sur la liste de future copine ou compagne d’un homme.

Or, le seul substantif de « féminicide » reste trop général pour mettre en lumière le fait que plusieurs acteurs de la vie publique se préoccupent de délits et de crimes qui se produisent au sein d’une structure qui traditionnellement appartenait à la sphère du silence le plus opaque, celle du couple :

« c’est ma femme, ça ne regarde que moi ! ».
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Dans un tweet daté du 3 septembre 2019, l’association « Prenons la Une » se réjouit que France Info ait enfin trouvé l’expression juste :

« Ce matin @franceinfo parle en boucle des 101 « feminicides conjugaux », une révolution de vocabulaire chez les journalistes. Le mot, classique en Amérique du Sud, était utilisé depuis des années par les assos féministes pour décrire une réalité. Le voilà adopté par la profession ».

Image Ci-dessus : affichage sauvage dur un mur de Paris. Photo relayée sur Twitter par @margueritester.

Le rôle de l’Etat dans la sphère privée ? Mettre en place des dispositifs de logement meublé facile d’accès et des solutions de mobilité pour permettre aux individus de se tirer hors du huis-clos du couple en cas de situation conflictuelle. Des mesures qui permettraient de prévenir l’engrenage de la violence. Mais là encore, l’affaire n’est pas si simple, car dans la plupart des cas, le conjoint laissé poursuit des années son binôme pour l’empêcher de partir.

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Rappel :
En latin « homo » désigne humain, tous genres confondus ; l’homme, comme genre : « vir », « maritus » dans sa qualité de mari ; la femme, comme genre, c’est « femina », en sa qualité d’ « épouse », « uxor ».

Photo à la une : pancarte à Paris, samedi 23 novembre (Photo Mathilde Priolet)

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Clara Schmelck
Clara-Doïna Schmelck, journaliste, philosophe des médias. Rédactrice en chef adjointe d'Intégrales - est passée par la rédaction de Socialter ; chroniqueuse radio, auteur, intervenante en école de journalisme et de communication (Celsa ...).

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