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Le Conseil de Déontologie Journalistique vise et divise la profession

La création lundi 2 décembre d’un Conseil de Déontologie journalistique suscite un débat au sein de la profession : conseil de l’ordre, conseil aux ordres ou instance de médiation indispensable entre citoyens et journalistes dans un contexte de défiance envers les médias ?

Une instance de dialogue et de pédagogie

Quand Jean-Jacques Bourdin lance à Christophe Castaner, ministre de l’intérieur : « je me fais le porte-parole des policiers » dans son émission, le journaliste est-il dans son rôle ? (« Les Grandes Gueules », 04/12/19) Ce genre de question sera soumise à l’examen d’un collège tripartite, réparti à parts égales entre journalistes, éditeurs et public citoyen. Le Conseil pourra être saisi et s’auto-saisir.

Ainsi, le traitement médiatique d’un fait amplement commenté sur les réseaux sociaux ou des séquences d’une émission polémique pourraient passer par le conseil de déontologie journalistique et de médiation, qui a tenu sa première assemblée générale lundi 2 décembre 2919.

Cette nouvelle instance « d’autorégulation, indépendante de l’Etat » est un instrument de dialogue et de confiance du public dans les médias », pose Patrick Eveno, chercheur et président de l’Observatoire de la déontologie de l’information (ODI), une association qui prétend veiller au respect de la déontologie dans les médias.

Devant des journalistes pour certains perplexes, l’universitaire explique d’entrée de jeu qu’il ne s’agit pas d’un organe étatique ou commandité par l’actuel gouvernement : « Le CDJM n’est pas une demande d’Emmanuel Macron, d’Edouard Philippe, de Franck Riester. Il mature depuis 2007 ».

« C’est une instance de dialogue ; un lieu de certification et non de punition », précise Jérôme Bouvier, le président de l’association “Journalisme et citoyenneté”, et l’organisateur des « Assises internationales du journalisme ».

Seulement 24 % des Français admettent accorder leur confiance aux médias, soit moins d’un quart des personnes interrogées. En cause ? Le ressenti d’une faille entre le discours médiatique-considéré en bloc- et les préoccupations ordinaires du citoyen. Au lieu d’exacerber leurs commentaires sur les réseaux sociaux lorsque le traitement médiatique d’un fait leur disconvient, les citoyens pourront, à condition de renoncer à l’anonymat, saisir le Conseil. Cette nouvelle forme de médiation prétend mettre en place les conditions favorables d’un dialogue continu et permanent entre les journalistes et les Français.

« D’abord, il s’agit de créer une instance de référence sur ce sujet en France, comme il en existe dans 17 pays de l’UE. Des textes existent, comme la Charte de Munich : ils font consensus, mais personne ne veille à leur application. », justifie sur Twitter Contexte, un média dont la rédaction est favorable à la création d’un conseil de déontologie et de médiation sur le modèle des semblables instances dans d’autres pays d’Europe.

Contexte de tensions entre la presse et l’exécutif

Néanmoins, en France, c’est dans un contexte d’exacerbation des frictions entre l’Elysée et la presse que prend forme le Conseil de Déontologie et de médiation. Comme le rappelle la journaliste Sandrine Cassini dans Le Monde, en juin 2019, Cédric O, le secrétaire d’Etat chargé du numérique, parle en faveur de la création d’un « conseil de l’ordre » de la presse.

« Alors que s’exacerbent les tensions entre Emmanuel Macron et la presse, c’est l’ancienne ministre de la culture, Françoise Nyssen, qui, à l’automne 2018, charge l’ex-patron de l’AFP Emmanuel Hoog d’une mission sur le sujet. La ministre est aussitôt applaudie par Jean-Luc Mélenchon, grand critique des médias, et qui a tenté d’instaurer un tel organe par la voie législative. », retrace Sandrine Cassini.

Nous ne sommes pas contre un conseil de la presse, mais les conditions ne sont pas remplies. Rendre des comptes à nos lecteurs, nous le faisons déjà quotidiennement », expliquait au Monde Ellen Salvi, membre de la Société des journalistes (SDJ) de Mediapart. Dix-neuf SDJ de grands médias, parmi lesquels Le Figaro, l’AFP, L’Obs, Le Point, LCI ou France Inter, ont signé la lettre ouverte du site d’investigation : « Ce sont les lecteurs qui jugent les journalistes, pas les journalistes qui se jugent entre eux », insiste la lettre. L’AFP, par exemple, dispose déjà de sa charte déontologique. https://www.afp.com/sites/default/files/paragraphrich/201704/22_juin_2016_charte_deontologique.pdf

Enfin, quid du financement de cette nouvelle instance ?

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Clara Schmelck
Clara-Doïna Schmelck, journaliste, philosophe des médias. Rédactrice en chef adjointe d'Intégrales - est passée par la rédaction de Socialter ; chroniqueuse radio, auteur, intervenante en école de journalisme et de communication (Celsa ...).

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