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Coronavirus dans les médias : ce qui a changé depuis le SRAS

Le coronavirus létal, qui a fait son apparition à Wuhan en Chine, a occasionné deux types de réactions humaines sur les réseaux sociaux et dans les médias : le virus de la bêtise xénophobe et raciste envers toute personne assimilée « chinoise », et de l’autre, l’anticorps de la réflexion et de la production scientifiques de plus en plus ouverte et collaborative.

Xénophobie et racisme anti-chinois partout dans le monde

Belleville vide à cause de la paranoïa grotesque dissuadant les riverains de fréquenter leur « quartier chinois » ; le nouvel an lunaire du XIIIè annulé. En France, le Coronavirus est prétexte à des vexations et à des agressions envers des personnes assimilées à des porteuses du Coronavirus sur la base de leur apparence physique.

Les médias ont pour certains alimenté ce delirium aux relans de racisme. Le Courrier Picard, quotidien régional, a choqué les esprits avec sa une intitulée « Alerte jaune » accompagnée d’un éditorial intitulé « Le péril jaune ? ». Une couverture qui n’a pas manqué de faire le tour du monde dans différents journaux. Sous le hashtag #JeNeSuisPasUnVirus, des milliers de témoignages d’Asiatiques victimes de racisme décomplexé défilent sur la Toile depuis une semaine.Le Parisien, pour sa part, avait correctement titré dès le début de l’épidémie « virus arrivé de Chine » et pas « virus chinois ».

Aux Etats-Unis et aux Philippines, les recommandations de deux universités ont provoqué un tollé. Le service de santé de la prestigieuse université de Berkeley a expliqué dans un post Instagram que la xénophobie était une «réaction ordinaire » face à la crainte du coronavirus et l’université Adamson à Manille a recommandé à ses étudiants d’origine chinoise d’observer 14 jours de quarantaine par précaution. Incroyable. Les deux universités se sont depuis excusées.

Dans le Chinatown de Sydney, un homme s’est écroulé devant un restaurant et est décédé de ce qui semble être une crise cardiaque. Selon le Daily Telegraph, les passants autour de l’homme ne lui ont pas fait de massage cardiaque par crainte du coronavirus, durant des minutes cruciales qui auraient pu lui sauver la vie.

Ces réactions xénophobes rappellent celles du même type lors de l’épidémie du syndrome respiratoire aigu sévère (Sras) en 2003. L’étendue des attitudes xénophobes est plus vaste qu’il y a 17 ans, car beaucoup plus de Chinois voyagent en 2020 qu’en 2003. Selon le ministère de la Culture et du Tourisme, les Chinois ont réalisé environ 150 millions de voyages à l’étranger en 2018. Des chiffres en hausse de 15% par rapport à l’année précédente. »

L’animateur de télévision pour « Good Morning Britain » Piers Morgan qui s’est permis une blague raciste. Dans un sujet diffusé le 21 janvier dernier, le présentateur imite un des petits-fils de la reine Elisabeth qui apparaît dans une publicité chinoise pour du lait avec un accent (pour lui) chinois : « Au prochain événement royal, vous imaginez, Noël à Sandringham ce sera : “Je suis désolé Votre Majesté, mais je ne bois que du lait yang yank yong ying ming.” »

Depuis l’arrivée du coronavirus, les mèmes et blagues racistes issus de comptes américains et européens infestent les réseaux sociaux. Dans une tribune du Los Angeles Times, le contributeur Franck Shyong dénonce : « Soyons clairs : vos peurs ne justifient pas votre racisme et votre xénophobie. Vos blagues sur le coronavirus ne sont pas drôles. Elles sont inutiles et banalisent quelque chose qui doit être pris au sérieux. Et cela crée un environnement de peur, de panique et de désinformation qui est bien plus dangereux que le virus en lui-même. »

Un racisme antiasiatique uniquement lié à la psychose autour du virus ? Les stéréotypes autour de cette communauté ont toujours été bien ancrés dans les mentalités, banalisés au point d’être perçus comme normaux et très peu dénoncés.

Les discours xénophobes sur les chinois et leurs modes de vie se sont également multipliés dans les pays voisins depuis la découverte du nouveau coronavirus à Wuhan en décembre 2019. Une pétition lancée sur change.org le 26 janvier à Singapour, signée en trois jours par plus de 100 000 habitants (sur les 6 millions que compte la Cité-Etat, c’est beaucoup). Certaines signatures sont assorties de commentaires xénophobes, comme celui-ci : “nous ne sommes pas des mangeurs de rats, ni de chauve-souris, nous ne devrions pas avoir à subir les conséquences de leurs bêtises”.

Vers la banalisation de la science ouverte ?

Mais les médias qui couvrent le Coronavirus peuvent aussi être vecteurs de connaissance scientifiques. Le 8 février, Le Monde traduit en mandarin son éditorial en mémoire du docteur Li Wenliang, mort le 7 février. Il avait sonné l’alerte sur le coronvirus et avait été interpellé le premier janvier pour « propagation de fausses nouvelles ». 新型冠状病毒: 动摇中国体制的殉难者

Les réseaux sociaux et les médias ne sont pas seulement une caisse de résonance du racisme. Ce sont aussi des leviers de vulgarisation et de collaboration scientifiques.

L’épisode du Cov-2019, terminologie scientifique du virus, marque la bascule vers une généralisation de la science ouverte ? C’est ce que se demande bien plus intelligemment Le Grand continu. L’article, paru sur Le Grand Continent, souligne l’emploi massif des portails biorXiv et medRxive, qui sont « des entrepôts de pre-prints permettant le libre accès à des articles n’ayant pas encore passé la barrière de la revue par les pairs, et de Twitter qui fait office de lieu de peer-review ».

« Cette ouverture de la science reflète aussi en partie la démocratisation des outils de développement ouverts. D’une part les réseaux sociaux, d’autre part les outils d’archivage d’articles et de codes ouverts des articles tels BioRxiv et GitHub. C’est donc l’existence de ces supports en conjonction avec la crise exceptionnelle du Coronavirus qui a permis à ces nouveaux usages de se développer. Reste maintenant à savoir si les pratiques vont perdurer. » interroge Gustave Ronteix.


Le Coronavirus : de quoi parle t-on ?

Il s’agit, explique l’Institut Pasteur, d’une épidémie de pneumonies d’allure virale d’étiologie inconnue a émergé dans la ville de Wuhan (province de Hubei, Chine) en décembre 2019. Le 9 janvier 2020, la découverte d’un nouveau coronavirus (2019-nCoV, différent des virus SARS-CoV, responsable de l’épidémie de SRAS en 2003 et MERS-CoV, responsable d’une épidémie évoluant depuis 2012 au Moyen-Orient) a été annoncée officiellement par les autorités sanitaires chinoises et l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Ce nouveau virus est présenté comme l’agent responsable de ces pneumonies.

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Clara Schmelck
Clara-Doïna Schmelck, journaliste, philosophe des médias. Rédactrice en chef adjointe d'Intégrales - est passée par la rédaction de Socialter ; chroniqueuse radio, auteur, intervenante en école de journalisme et de communication (Celsa ...).

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