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France : le sourd tambour des confinés

Non, il n’y a pas d’ennemi, mais une pandémie, qui n’ a pas été anticipée par le gouvernement, trop occupé à détourner l’économie de ses missions publiques vitales. Quand le gouvernement évoque la nécessité d’une « union nationale », la solidarité générale se met en place, non sans l’énergie de la colère.

Stratégie de crise inexistante, confinement sous tension

Face à la crise sanitaire, le gouvernement hésite depuis un mois sur la stratégie à suivre : atermoiements sur le confinement puis sur les masques, qui ne sont toujours pas livrés en quantité suffisante aux personnels qui en ont besoin de toute urgence transferts de patients, désaccords sur les protocoles de soin allant jusqu’à modifier en sens contraire la loi sur le recours à la chloroquine.

A ces errances d’ordre médical et sanitaire s’est ajoutée une communication présidentielle et gouvernementale qui a substitué à un état des lieux transparent un fatras d’affirmations contradictoires, des adresses infantilisantes aux Français, et même une injure à une profession toute entière, celle de professeur. Dans ce contexte, les fulgurances malrussiennes de Macron sont apparues comme un manque de rigueur. Si « nous sommes en guerre », les tambours en sourdine des confinés battent les coups de la colère.

Le confinement exacerbe les violences domestiques, alourdit la charge mentale sur les femmes sommées d’occuper les enfants et fait payer le prix cher aux mal-logés. Tout cela faute d’une politique publique du logement (salubrité, aménité, desserte, facilité financière de location) qui n’a pas été menée pour ne pas entraver la spéculation immobilière à outrance.

Le gouvernement – ni celui-ci ni les précédents depuis vingt ans d’internet en France, n’ont anticipé les dispositifs de « classe virtuelle ». Certains foyers ne sont pas suffisamment équipés en terminaux numériques (un par scolarisé) ou pâtissent d’une mauvaise connexion internet (zones blanches du territoire), ce qui nuit au suivi collectif et individuel continu par les professeurs. En Uruguay, depuis 2007, il est fourni à chaque élève de l’enseignement public une tablette.

Quant au télé-travail, il concerne les cadres. Les métiers de première ligne, indispensables, sont les grands oubliés. Les personnes qui les exercent sont en première ligne au péril de leur vie pour continuer d’apporter soins, nourriture, eau, réseau de communication aux Français.

Où était l’argent public pour les équiper dès février de masques, de gants et de solutions hydro-alcoliques ? Aïcha, une employée travaillait depuis trente ans au sein de l’hypermarché de Saint-Denis, vient de perdre la vie des suites du Covid19.

En temps courants, ces métiers sont bassement rémunérés et dénigrés. Ceux qui les exercent sont souvent infantilisés toute leur vie. La parole en public de caissières, assistantes maternelles, livreurs Deliveroo, manutentionnaires.. est systématiquement considérée comme émotive et dépourvue d’expertise en comparaison à l’intervention de personnes qui occupent des emplois d’encadrement ou de décision. Cette ségrégation intellectuelle basée sur des critères sociaux cessera t-elle avec la prise de conscience de l’utilité et de la difficulté de certaines professions injustement dénigrées ?

Ce décès comme tant d’autres aurait pu être évité. Le laïus du « premier de cordée » s’étouffe. La politique fiscale du gouvernement, qui allège les contributions des plus fortunés de la Nation, en ce moment repliés à l’abri des zones urbaines, apparaît explicitement insupportable.

En conséquence, la défiance des Français envers le Président de la République et du gouvernement croît. Or, plus la confiance dans le discours des autorités publiques faiblit, plus les fausses nouvelles et faux remèdes se répandent rapidement sur les messageries de groupe (Whatsapp, Telegram, …).

De la théorie du complot sur la circulation du COVID19 à travers le monde aux bons conseils d’auto-médication maison à base de plantes et de vitamines, ces messages sont accueillis par ceux qui les reçoivent et les diffusent à leur tour comme des ersatz de réponses et de solutions.

Le public récéptif aux « infox » s’élargit. Puisque les gouvernements sont incapables de communiquer clairement sur des énoncés scientifiques, pourquoi penser que la parole de sa soeur ou d’un influenceur à moins de valeur ?

Union nationale ? Solidarité de tous

La gestion calamiteuse de cette crise sanitaire par le gouvernement pousse certains à vouloir traduire en justice les présumés responsables de cet état dégradé du pays. Un retour d’expérience de crise transparent sera réclamé par les Français.
Néanmoins, les médecins et autres qui entendent traduire en justice E. Philippe, A. Buzyn et O. Véran devraient se rappeler le procès de Riom en 1942 instruit par Vichy, et voulu par Pétain, qui accusait L. Blum, Mendès et E. Daladier d’avoir perdu la guerre. Par ordre du maréchal Pétain, les journaux avaient ainsi reçu la consigne d’annoncer, en gros caractères et sur cinq colonnes, « le châtiment des responsables » présumés de la défaite, novembre 1940.

On évitera le funeste « confinement et châtiments », qui ne peut conduire qu’au déchaînement de vengeances personnelles marinées dans d’aigres guerres d’égos. Reste que c’est tout un système économique et social fondé sur la spéculation qui devra rendre des comptes. La pire crise sanitaire du siècle montre à quel point il est mortel.

« Face à l’ampleur du bouleversement, même Emmanuel Macron appelle à « innover dans la solidarité ». Mais nous ne sommes pas dupes du fameux « en même temps » : l’entraide que nous construisons n’est pas l’auxiliaire d’un État néolibéral défaillant.

Elle ne sera pas le cheval de Troie d’une future « stratégie du choc » à base de télétravail, de « volontariat citoyen » dans des services publics détruits, et de poursuite dans la destruction des acquis sociaux au nom de « l’état d’urgence sanitaire ». », écrivent dans Socialter les signataires du COVID-ENTRAIDE FRANCE.

Se serrer les coudes et coudre des masques pour en lever définitivement certains.

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Clara Schmelck
Clara-Doïna Schmelck, journaliste, philosophe des médias. Rédactrice en chef adjointe d'Intégrales - est passée par la rédaction de Socialter ; chroniqueuse radio, auteur, intervenante en école de journalisme et de communication (Celsa ...).
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