276B5070-22EB-4C4E-A599-3B87683AF6A6

Macron : un président en phase de test

L’allocution présidentielle ce lundi 13 avril à 20h02, deux minutes après l’applaudissement national aux travailleurs de première ligne a été très suivie. Si le présent s’est montré plus clairement attentif aux inquiétudes questionnes des Français, il a néanmoins suscité la perplexité quant au futur proche : dans un premier temps, il n’y a pas eu de masques, et dans un second temps, il n’y aura probablement pas de test pour tout le monde.

Emmanuel Macron a battu hier soir le record d’audience absolu de la télévision française (qui datait de son allocution du 16 mars dernier) : 36,7 millions de Français ont regardé son discours sur les chaînes historiques, la TNT et les chaines d’info en continu, soit 94,4% de PDA.

Libéré d’une posture pompeuse que lui avaient pourtant prêtée par avance certains éditorialistes, le président est apparu calme, clair, soucieux des inquiétudes qui se posent au quotidien pour les Français.

D’emblée, le président, créant un contrat d’écoute avec les Français, a reconnu une « faille » : il n’y avait pas suffisamment de masques…tout en soulignant le caractère inédit de la crise pour faire admettre le déficit d’anticipation de l’exécutif.

« Le moment, soyons honnêtes, a révélé des failles, des insuffisances. Comme tous les pays du monde, nous avons manqué de blouses, de gants, de gels hydro alcooliques. Nous n’avons pas pu distribuer autant de masques que nous l’aurions voulu pour nos soignants, pour les personnels s’occupant de nos aînés, pour les infirmières et les aides à domicile. », a reconnu le président.

Avant d’apporter un correctif à la situation : « Après le 11 mai, en complément des gestes barrières, l’État devra permettre à chaque Français de se procurer un masque. » à garanti le président.

La fin conditionnelle du confinement est annoncée pour le 11 mai, affirmation que Christophe Castaner, ministre de l’intérieur, a déjà remise en cause au lendemain matin de l’allocution présidentielle. A cet égard, le format de l’allocution, discours qui se veut rassembleur, ne permet pas de tout expliciter. Mais maintenant, les confinés souhaitent une communication transparente, plurivoque et scientifique sur les mesures sanitaires à venir.

Le présent a donné une inflexion sociale à son discours, parlant abondamment des préoccupations de la jeunesse et des familles.

« J’ai demandé au Gouvernement de verser sans délai une aide exceptionnelle aux familles les plus modestes avec des enfants et aux étudiants les plus précaires. » a tenu à dire le président.

Il a évité de répéter un communiqué patronal caricatural sur l’impératif supposé de faire repartir l’économie par la mise en place d’un calendrier de travail surchargé pour les salariés, axant son allocution sur les mesures sociales :

« Pour tous ceux qui doivent-être aidés durant cette période, les mesures de chômage partielles pour les salariés et de financement pour les entreprises, seront prolongées et renforcées. Elles sont inédites et protèges d’ores et déjà plus de 8 millions de nos salariés et nombre de nos entreprises.»

Enfin, Macron a tenu la promesse d’une annulation massive de dette pour l’Afrique.

Nouvelles incertitudes

Mais, Macron a suscité la perplexité des observateurs quand il s’est mis à évoquer le sujet des tests au Covid19. Tester uniquement les sujets malades symptomatiques, c’est renvoyer les malades asymptomatiques contaminer le reste de la population. A quoi bon alors confiner les Français ?

Le président rejoue t-il le scénario des masques en disant que les tests appliqués à tous ne servent à rien…tout simplement parce que l’Etat n’est pas en mesure de les fournir en temps voulu ?

Deuxième point de perplexité : l’école.
Le président envisage une réouverture des établissements scolaires en vue de dégager les parents de la charge de leurs enfants. Les adultes pourront ainsi reprendre leur emploi dans des conditions normales, et de ce fait, contribuer à la relance d’un pays qui ne peut se permettre un nouveau trimestre de récession, notamment au moment où il s’agit pour l’Etat de verser des allocations supplémentaires aux familles et de faire accepter une série de mesures sociales aux employeurs dont les groupes sont cotés en bourse.

Cette mesure permettrait en outre de réduire l’impact du « milieu familial » dans leur scolarité. On sait que la différence de condition de vie à la maison précipite les inégalités de condition d’apprentissage.

De plus, nous pouvons conjecturer une stratégie sanitaire : utilise les écoles comme vecteurs de l’immunité collective. les parents sont statistiquement plus jeunes donc moins à risque, et la réouverture peogressive servirait à ne pas surcharger les services.

Néanmoins, il parait souhaitable que la réouverture progressive des écoles, collèges et lycées soit l’occasion de garantir la mise aux normes sanitaires des bâtiments, s’assurer que tous les établissements avec personnel médical,gel,masques,tests,papier toilette. Il conviendrait en outre de créer des effectifs réduits pour respecter la distance, et enfin d’augmenter par trois le salaire des professeurs, un métier sur-exposé. En si peu de temps, cela sera t-il possible ?

Ce matin du 14 avril, le ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, à réexaminé cette proposition avec plus de prudence.

Paramètres d’incertitude

Nous ne voulons pas d’un président de la République qui se considère de manière grotesque comme le père de la Nation rassurant et infantilisant.

Admettons alors qu’Emmanuel Macron n’est qu’un homme ordinaire, et rendons nous compte que les paramètres d’incertitudes s’additionnent devant lui : crise inédite, 1er cercle de pertinence aléatoire, ministres rarement sur la même longueur d’onde, journalistes très attentifs- à raison, peuple en état latent, enfin : confrontation quotidienne à la mort.

A lire aussi, l’´analyse de CNN https://edition.cnn.com/2020/04/15/opinions/emmanuel-macron-world-wide-ceasefire-leader-andelman/index.html

The following two tabs change content below.
Clara Schmelck
Clara-Doïna Schmelck, journaliste, philosophe des médias. Rédactrice en chef adjointe d'Intégrales - est passée par la rédaction de Socialter ; chroniqueuse radio, auteur, intervenante en école de journalisme et de communication (Celsa ...).
Clara Schmelck

Derniers articles parClara Schmelck (voir tous)

Vous pouvez également lire