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Assemblée, Urgences, Commissariats : enquête dans les couloirs d’un déconfinement à hauts risques

Le 28 avril, le Premier Ministre, Edouard Philippe, a adressé devant les députés les grands axes de son plan de déconfinement envisagé à partir du 11 mai. Il était télé-suivi par des millions de Français confinés et impatients. Comment le plan est-il reçu par le pouvoir législatif ? Et par les acteurs de première ligne en temps de pandémie ?

Intégrale a enquêté auprès de professeurs, dans les couloirs de l’Assemblée nationale, d’un service d’urgences et d’un commissariat.

Masquer les couacs

Sûr, Edouard Philippe prend le micro. Le Premier ministre sait qu’en dépit d’une Assemblée dégarnie comme un crâne, il s’adresse à des millions de Français qui le télé-suivent, impatients. Le discours est clair, structuré, concret. Philippe se veut didactique sans être infantilisant. Il se présente comme l’homme de la situation. Il maîtrise le temps de la pandémie, l’espace du territoire français, le langage du quotidien. Protéger, tester, isoler. Le triptyque verbal apparait comme un contrat de confiance.

«Si les indicateurs ne sont pas au rendez-vous, nous ne déconfinerons pas le 11 mai», prévient-il, comme s’il voulait montrer aux Français son sens de la lucidité, après un discours présidentiel plus enthousiaste. Le 11 mai n’est que la date d’un projet de déconfinement éventuel partiel et fragmenté. Dans les esprits le parfum des bords de mer s’éloigne. Mai et juin ressembleront à des mois de travail sans le moindre loisir.

Rouvrir écoles et collèges ?

Sur l’école, encore, Philippe nuance les promesses de Macron. La rentrée sera progressive et les lycéens ne rentreront pas avant le 2 juin. Les crèches et écoles pourront rouvrir à compter du 11 mai, les collèges à partir du 18 dans certains départements et seulement pour les 6e et 5e. Comme le préconisait fermement le Conseil scientifique, le port du masque sera vivement encouragé en général et obligatoire dans certaines circonstances : dans les transports, pour les personnels éducatifs, pour les collégiens.

« L’exécutif n’a pas fait le choix de l’obligation sanctionnable, en particulier sur le port du masque, mais a posé des cliquets et des clauses de revoyure un peu partout dans son plan, pour faire marche arrière si ça dérape« , nous explique le communicant Philippe Guibert (Antidox), ex directeur du SIG (Service d’information du gouvernement).

Malgré cela, la mesure rassurera les parents épuisés par la double contrainte inédite de l’éducation à plein-temps des enfants et de leurs obligations professionnelles. Elle permettra aux plus jeunes de subir moins violemment le contexte familial, source d’inégalités devant l’apprentissage. Pourvu que les conditions sanitaires soient assurées pour les personnels, ce qui est loin d’être gagné.

Un enjeu d’inquiétude supplémentaire pour Syamak Agha Babaei, médecin urgentiste à Strasbourg : « Ce sont les sorties de réanimation qui aujourd’hui ont du mal à se faire, parce que les malades restent encore dépendant de ventilations mécaniques et on a pas assez de lits de soins de suite pour ces malades. », explique t-il à Intégrale.

En Première ligne, entre détresse et lassitude

En apparence, Philippe a globalement réussi son oral. Il a repris la main sur le calendrier de la crise a habilement masqué les couacs dans la communication au sein du couple de l’exécutif. Mais, une seconde lecture de l’intervention du Premier ministre montre bien que les différends entre Macron et Philippe demeurent.

Bruno Studer, député (LaREM) du Bas-Rhin, confie à Intégrale :
« Je perçois une incompréhension générale parfois de comment fonctionne le couple exécutif« , mais, veut-il croire, « l’esprit de la Vème République, c’est que le President donne les grandes orientations et que le gouvernement les mette en œuvre. »

Les grandes orientations, les acteurs de première ligne auraient souhaité les voir clarifiées plus tôt. Les professionnels souffrent des approximations du gouvernement et des choix qui, par le passé proche, ont concouru à compliquer la tâche des agents de la force publique.

 » Macron se fiche bien des inégalités sociales entre les enfants. Sinon, il en aurait fait une promesse de son mandat. On est de la chair à canon pour que l’économie puisse reprendre. Nous exercerons notre droit de retrait. », nous souffle cette enseignante de collège en banlieue parisienne.

Les policiers, au même titre que les personnels soignants, sont en première ligne eux aussi dans la gestion de la crise sanitaire. En première ligne d’abord quand on leur a demandé en urgence d’assurer le contrôle quotidien des attestations dérogatoires de déplacement et professionnelles.

« On a dans le même temps continué à nous demander de continuer à faire régner l’ordre et de veiller à la sécurité des Français. Le tout dans masque parce qu’aux yeux des politiques, nous sommes des fonctionnaires de seconde zone. Il serait de bon ton d’instaurer aussi pour les 150.000 policiers qui veillent au bon fonctionnement du confinement une minute d’applaudissements quotidienne. Parce que les primes exceptionnelles accordées à seulement certains d’entre nous ne suffisent pas », nous dit ce haut représentant syndicat Alliance Paris.

Démocratie menacée ?

Membre de la garde rapprochée de Jean-Luc Mélenchon, le député Bastien Lachaud pointe du doigt les incohérences du gouvernement et regrette aussi l’absence de consultations de l’exécutif.

« Depuis le début de l’épidémie, le gouvernement refuse de s’appuyer sur le Parlement pour fixer une ligne claire et acceptée par tous afin de lutter efficacement contre le propagation du virus et protéger les français des conséquences économiques de cette crise sanitaire. L’invocation de l’état d’urgence et l’adoption dans la foulée de la loi instaurant l’état d’urgence sanitaire a donné les pleins pouvoirs au gouvernement. », soutient-il dans un entretien accordé à Intégrale.

(Clara Schmelck à Paris, Farouk Atig et Maria Sahr dans le Grand Est)

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Clara Schmelck
Clara-Doïna Schmelck, journaliste, philosophe des médias. Rédactrice en chef adjointe d'Intégrales - est passée par la rédaction de Socialter ; chroniqueuse radio, auteur, intervenante en école de journalisme et de communication (Celsa ...).
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