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L’école, une passion française

Le slogan «si l’école faisait son travail, j’aurais du travail», issu d’une campagne publicitaire de l’organisation patronale plus que douteuse, suscite la juste colère de professeurs. Le ministre de l’Education nationale, dans son rôle de garant de l’instruction publique, a demandé explicitement à ce que cette affiche soit retirée des plateformes et supports médiatiques.

L’opération de communication est désastreuse pour la marque MEDEF : en pleine période de rentrée scolaire, rentrée tendue sur le plan social, le premier réseau d’entrepreneurs de France offre une caricature du patronat. A quelles fins, on se le demande.

Cette phrase est adossée au Manifeste pour l’éducation, publié le 14 juin et complété par un site internet. Elle était jusqu’ici passée inaperçue mais elle a été dénichée sur internet mercredi par la Fédération syndicale unitaire (FSU), le syndicat de la fonction publique, qui s’est fendu d’un communiqué pour la dénoncer.

Ce slogan n’est pas seulement ingrat et grossier. Il est aussi porteur d’un contresens manifeste d’une méconnaissance ou d’un mépris des principes qui commandent à l’école républicaine française.

Contraire au sens de l’école

L’école (en France, l’enseignement primaire et secondaire ainsi que les Classes Préparatoires aux Grandes Ecoles et certaines filières universitaires) est un lieu singulier.Elle s’inspire de l’intention antique d’être une « Skola », lieu où se pratique le loisir de penser, d’apprendre.

Il y a une temporalité propre à l’école, car c’est à des êtres en devenir qu’elle s’adresse. Dans ce lieu protégé des pressions contingentes, les élèves sont essentiellement libres. Mais ils ont aussi à le devenir, à prendre distance, une distance réfléchie, par rapport aux coutumes, aux modes et aux dogmes. A l’école, la liberté est émancipation. Or, ce travail est nécessairement lent, n’en déplaisent à certains. C’est lentement que se construit la liberté.

Si la raison, réduite à la « rationalité technique » est mutilée, qu’on ne s’étonne pas de la montée de toutes sortes de communautarismes ayant pour manteau la religion, la couleur de peau, l’origine régionale ou sociale. C’est par l’effort de comprendre, de se comprendre, que les hommes dans la particularité de leur histoire et de leur culture peuvent espérer parvenir à « l’accord des esprits ».

Ferdinand Buisson « Le Dictionnaire de pédagogie » (1887), abondait en ce sens :
 » Citoyens, réfléchissez ! Est-ce qu’on apprend à penser comme on apprend à croire ? Croire, c’est ce qu’il y a de plus facile, et penser, ce qu’il y a de plus difficile au monde. Pour arriver à juger soi-même d’après la raison, il faut un long et minutieux apprentissage. Cela demande des années. Cela suppose un exercice méthodique et prolongé. C’est qu’il ne s’agit de rien de moins que de faire un esprit libre. « .

Cela repose sur une certaine idée du savoir, pour les sciences, une idée de la culture scientifique irréductible à la simple utilisation de résultats pour l’industrie, et pour les lettres, l’idée de littérature universelle et d’humanités. « Les khâgneux ne sont pas encore des spécialistes, ils ne font pas encore de recherche mais, disait Ferdinand Alquié, apprennent ce qui a déjà été trouvé, et reçoivent un enseignement général, c’est-à-dire non pas superficiel mais universel ».

Selon la logique du MEDEF, seuls les enfants qui bénéficient des fonds et du préceptorat familial auront une scolarité libre, les autres seront sommés d’être spécialisés à 8 ans et n’auront qu’à se rabattre sur Wikipedia ou sur des Moocs. Adultes, exténués par leur emploi, ils iront se consoler à travers diverses manifestations identitaires, au gré de leurs naissance ou de leurs rencontres.

Bref : Gattaz, supprime !

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Clara Schmelck
Clara-Doïna Schmelck, journaliste, philosophe des médias. Rédactrice en chef adjointe d'Intégrales - est passée par la rédaction de Socialter ; chroniqueuse radio, auteur, intervenante en école de journalisme et de communication (Celsa ...).
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