Gouvernement Castex : un Loft ORTF pour beaucoup de retweets

Jean Castex, ce haut fonctionnaire, par ailleurs élu local, nommé Premier ministre vendredi 3 juillet, à la suite d’Edouard Philippe, est photographié dans un style René Coty, nous renvoyant aux heures de gloires de l’ORTF. La photo est incroyablement vieillotte- absence d’ordinateur sur la table du premier ministre-décoration d’intérieur que l’on croirait empruntée à la série Au service de la France. Et il s’agit d’une photographie officielle de Matignon reprise par Paris-Match.

Ce gouvernement est-il une saison de Loft Story rétro ? Médiatiques, les ministres et secrétaires d’Etat ont des airs d’acteurs de TV réalité surannée.

Nombreux sont les nommés à être des générateurs de «commentaires » sur Twitter. Macron nous livre des « personnalités », tantôt sulfureuses, tantôt fortes en gueule. Ce gouvernement est un gouvernement de buzz.

La nomination comme garde des sceaux du sulfureux avocat Eric Dupond-Moretti, lequel rappelle davantage Vergès que Badinter, fait bondir la magistrature. Il contrarie aussi de nombreux associations de défense des droits des femmes : Dupond-Moretti s’est montré hostile au mouvement Metoo, n’y voyant qu’un bruit agité de jeunes femmes qui remplaceraient volontiers l’institution de la justice par le tribunal populaire installé sur Twitter.

La prise de fonction du nouveau locataire de la place Beauvau a été perturbée par des manifestations féministes. Après deux classements sans suite, l’instruction pour « viol » le visant vient d’être relancée. Gérald Darmanin est sous le coup d’une accusation de viol. Un juge d’instruction a rendu une ordonnance de non-lieu. Mais il a été reconnu qu’il a demandé à quelqu’un un acte sexuel contre un service rendu au titre de ses fonctions officielles. Cela aurait du suffire à le disqualifier définitivement sur le plan politique.

N’est-il pas étonnant d’entendre Elisabeth Moreno, la secrétaire d’Etat à « l’égalité des chances » vouloir ne plus « parler des principes »,pourtant universels, et préférer parler de «valeurs » ?

Les valeurs, subjectives,génèrent l’adhésion, mais peuvent être perverties par la particularité d’une culture,d’un intérêt. Adhère t-on à la République de la même manière que l’on adhère à un projet d’entreprise ?

Donner une existence légale à des principes universels, un principe est ce qui vaut toujours indépendamment de si qu’on adhère ou pas. On ne va pas faire un sondage pour savoir si ça plait ou pas.

Le discours d’investiture de Moreno n’avait aucune substance. Elle se présentait elle même comme une vitrine en retraçant son propre parcours, comme si elle clamait : « mon discours tient dans mon apparence ; adhérez au rôle modèle ! ».

Enfin, on apprend que Jean-Michel Blanquer est en ménage avec l’éditorialiste politique Anna Cavada. La journaliste avait tiré un portait dans le JDD en 2017, portrait dont on peut interroger l’objectivité. « Ce qui pourrait n’être qu’une histoire personnelle fait système, et décrit quelque chose, non seulement des relations entre les médias dominants et le pouvoir, mais aussi peut-être des relations hommes-femmes dans ces milieux-là », explique Daniel Schneidermann.

Grande gueule, tête de gondole, pilier des polémiques : le gouvernement Castex est taillé pour Twitter. Et pendant que journalistes, communicants et autres citoyens continueront de tweeter au sujet des personnalités des ministres, les décisions politiques seront, en volume de tweets, bien moins commentées.

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Clara Schmelck
Clara-Doïna Schmelck, journaliste, philosophe des médias. Rédactrice en chef adjointe d'Intégrales - est passée par la rédaction de Socialter ; chroniqueuse radio, auteur, intervenante en école de journalisme et de communication (Celsa ...).

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