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Les vies des Noirs comptent : c’est en France que cela se passe

Ce 18 juillet 2020c quatre ans après la mort du jeune homme lors de son interpellation, une marche pour réclamer justice était organisée ce samedi à Beaumont-sur-Oise.

Ce sont des années d’arbitraire visant particulièrement les noirs et les maghrébins en France qui exacerbent les tensions. Faire la lumière pour en finir avec les discrimination doit conduire à la concorde civile.

Il a fallu porter à la connaissance du monde entier les images insoutenables, sans floutage ni séquence coupée, d’un Américain noir de 46 ans mort asphyxié lors de son interpellation par la police de Minneapolis (Minnesota), pour que la jeunesse du monde entier réclame l’abolition des crimes racistes. Un mouvement qui est tout sauf sectaire et identitaire. La génération qui vient nous met face à face avec les images de la vraie vie et notre idéal d’universel.

IMAGES INSOUTENABLES

Cet homme s’appelait George Floyd. Depuis les émeutes qui ont suivi sa mort, les manifestations contre le racisme et les violences policières se multiplient aux Etats-Unis et dans le monde.

Sans la diffusion en boucle sur les télévision et sur les réseaux sociaux, mensonges, édulcoration du réel et déni pourraient continuer, comme c’est le cas depuis des siècles des deux côtés de l’Atlantique.

Alors oui, quand les chaînes de télévision en continu ont abondé en images sans les analyser suffisamment, on peut se demander si cela n’a pas eu pour effet indésirable d’associer tout sujet d’actualité portant sur la question noire à un afflux de violence sanglante. On aurait préféré entendre davantage de témoins, d’analystes, de contradicteurs.

En France, pas plus qu’aux Etats-Unis d’Amérique, l’Etat n’est raciste. La police n’est pas raciste. Le racisme est puni par la loi et les discriminations sur critères des origines sont illicites. Pourtant, l’ambiguïté est indéniable : inutile de rouvrir le catalogue épais des « délits de faciès » et de « bavures », délits et crimes qui visent les citoyens dont on suppose d’après l’apparence physique qu’ils sont originaires du continent africain.

Il y a du racisme et de la complaisance envers ce racisme dans la police, comme dans la société française toute entière. Si l’Etat n’est pas raciste, alors comment se fait-il que l’institution ait couvert ou nié des actes (délit de faciès, injures, violences) racistes systématiques commis par certains de ses agents ?

C’est ce que se demandent les milliers de personnes qui manifestent depuis mardi dernier pour obtenir justice pour Adama Traoré, un jeune homme mort en fuite à Persan (Oise). Sa famille pense qu’il est mort en raison d’une interpellation indument violente. Pour les gendarmes, le délinquant a été victime d’un malaise cardiaque. Reste que vérité n’a toujours pas été faite sur cette affaire qui date de 2016. L’affaire ressemble moins au cas de George Floyd et davantage à celui de Zyed Benna, et Bouna Traoré, morts électrocutés dans le transformateur EDF où ils s’étaient réfugiés pour échapper aux policiers qui les poursuivaient, le 27 octobre 2005.

Mardi au tribunal de Paris, puis samedi place de la République et à travers tout le pays, des voix ont résonné en écho aux « Black lives Matter ». Pour certains observateurs français, c’en est trop. La jeunesse française ignore son histoire, imprégnée qu’elle est de séries américaines. L’échec du Panthéon est la victoire d’HBO et de Netflix.

Dans cet emportement importé, nos ados se seraient laissé massivement séduire par les « indigénistes », groupuscules identitaires xénophobes dont les visées politiques sont plus que troubles. Bref, les manifestations seraient instrumentalisées par des enjeux de pouvoir dangereux qu’à l’époque où le PS avait soutenu, pour ne pas dire « récupéré », « SOS racisme ».

Assa Traoré, la sœur d’Adama Traoré, prise à parti à la fin du rassemblement contre tous les racismes, a voulu clarifier : « Les racistes n’ont aucune place dans notre combat! ». Elle faisait notamment écho à une injure antisémite qui aurait été proférée par un individu dans le cortège de samedi.

UNIVERSALISME QUESTIONNÉ
Les révoltes favorisent la désinhibition.

Des dégradations sont commises.

Ainsi, Churchill à Londres, Gambetta à Villeneuve-sur-Lot, dont les monuments mémoriels ont été saccagés, sont menacés de déboulonnement brutal. Un dévissage complet ? L’ombres de ces colonialistes doivent-elles disparaître des espaces publics pour rejoindre les musées ? Ou au contraire, doit-on laisser nos cités porter les marques du passé, quitte à rédiger des cartels plus explicites ?

Pour être dans le bon sens du vent, la plateforme de SVOD HBO suspend le chef d’oeuvre « Gone with the Wind » de son catalogue et projette de le proposer à nouveau avec un appareil de notes en préambule. Au risque de détourner les téléspectateurs de la valeur esthétique de l’oeuvre cinématographique.

Néanmoins, ces excès ne devraient pas nous persuader de faire l’économie d’une remise en question de la façon dont nous avons choisi de nommer nos rues et nos lieux publics.

Le centrisme euréoppéen ne vaut plus. Churchill fut l’homme qui repoussa la barbarie nazie et le même qui permis sciemment qu’une famine s’installe au Bengale en 1943. Mitterrand fut le fer de lance de mesures sociales en France. Il est aussi le ministre de la Justice du gouvernement de Guy Mollet, le 2 janvier 1956, connu pour sa résolution à écraser le FLN au prix de plusieurs exécutions à la guillotine (45 personnes). IL est aussi celui qui porte une part de responsabilité dans le génocide au Rwanda en 1994. La génération qui a 20 ans en 2020 dispose d’archives récemment déclassifiées. Elle ne veut pas admirer les « grands hommes » comme on « like » des influenceurs . Elle se comporte comme avec n’importe quel influenceur qu’une marque met en avant : elle veut tracer, elle veut checker le profil. Bref, elle demande à savoir. Alors forcément, ce désir de transparence choque le bronze.

Le mouvement international qui se produit en ce moment est tout sauf le signe d’une poussée sectaire et identitaire. Lorsque les jeunes, notamment sur TikTock (Lundi 15 juin, les vidéos accompagnées du hashtag #blacklivesmatter avaient été vues plus de 10 milliards de fois), réclament la fin de toutes les discriminations, sexuelles, d’origines, de religion, ils ne font que mettre sous les yeux de leurs aînés la Déclaration universelle des droits humains.

Elle le fait en confrontant de manière cruellement transparente notre idéal d’universel à la dureté des images prises en continu avec les smartphones.

La culture politique récente de la prise de vue documentaire en continu, en temps réel et en réseau, ne permet plus aux policiers de procéder à des interpellations sans avoir à rendre compte à l’opinion. C’est une culture de la transparence et de la vigilance commune, exercée de manière horizontale.

Ces temps-ci,un usage détourné du concept d’universel ait brouillé les débats,freiné les avancées contre l’exclusion raciste qui pourrit la société française. Il ne doit pas être le manteau d’un « particularisme blanc », d’une affirmation de supériorité ou d’un encore d’un déni.

Esprit critique

Il conviendra de veiller avec grande vigilance aux discours « indigéniste », qui n’est autre que l’expression d’un racisme forgé sur les cendres du racisme introduit par les Européens et qui ont pour effet d’instaurer la segmentation de l’humanité. Il conviendra aussi de veiller à ce que l’Université ne cède pas à la facilité en transformant son offre de cours dans le sens d’un moindre esprit critique.

L’universitaire Catherine Kintzler, professeur de philosophie, revient à cet égard sur une Lettre que le président de la Society For Seventeenth-Century Music, société savante basée aux États-Unis, a adressée récemment à ses adhérents. « Consécutive à l’horreur qu’a inspirée la mort atroce de George Floyd, elle entend affirmer une politique antiraciste au sein des activités et des chercheurs de cette société. Tout en rappelant opportunément l’antiracisme comme principe universel, le programme exposé s’engage dans une entreprise d’auto-accusation identitaire qui a quelque chose d’expiatoire et propose, pour orienter aussi bien ses objets d’étude que ses participants, de recourir à un critère discriminatoire. Mais le texte de référence dont la Lettre se réclame, et qu’elle encourage ses destinataires à lire, la surpasse largement », explique  » rel= »noopener » target= »_blank »>Catherine Kintzler , avant de rappeler que la seule question qui importe est de savoir si les ordres qu’ils donnent ont pour finalités l’égalité des droits, la justice sociale et la concorde.

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Clara Schmelck
Clara-Doïna Schmelck, journaliste, philosophe des médias. Rédactrice en chef adjointe d'Intégrales - est passée par la rédaction de Socialter ; chroniqueuse radio, auteur, intervenante en école de journalisme et de communication (Celsa ...).

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