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Darmanin/Le Pen : double extrême sur le service public

L’intronisation de Jean-Marie Le Pen à l’Heure de vérité en 1984 sur Antenne 2 fut un tournant. 36 ans plus tard, jeudi 11 février, une chaîne publique, France 2, a choisi d’inviter sur le plateau de son émission « Vous avez la Parole » (VALP) le ministre de l’intérieur et la présidente du Rassemblement national pour débattre autour de « la lutte contre l’islamisme ».

A l’issue du débat, le positionnement des deux protagonistes sur l’échiquier politique n’était pas clarifié. Cela ne manque pas d’inquiéter les citoyens qui se réclament de la gauche et de la droite républicaines.

Dédiabolisation d’un côté et crainte de l’angélisme de l’autre

Darmanin avait pour tactique d’engager une confrontation avec Le Pen en comptant que celle-ci ait un discours plus extrême au sujet de l’Islam, afin de rendre la loi « séparatisme » acceptable aux yeux des téléspectateurs.

Marine Le Pen, femme qui a davantage d’expérience en politique que le jeune Gérald Darmanin, a habilement échangé les costumes avant le début de la représentation télévisée. Déterminée mais relativement mesurée dans son phrasé, elle a étonné son adversaire d’un soir.

« J’en reviens à votre livre, car je l’ai lu avec beaucoup d’attention. Et objectivement, à part quelques incohérences, j’aurais pu le signer », a déclaré Marine Le Pen au ministre de l’Intérieur.

Déstabilisé rapidement, Darmanin a lancé à Le Pen :

« vous êtes dans la mollesse Mme Le Pen vous en venez à dire que l’islam n’est pas un problème » (VALP, 11/02/21).

Seize mois avant l’élection présidentielle, la présidente du RN, apparaît modérée en comparaison de l’attitude belliqueuse de son adversaire.

L’une cherche à se dédiaboliser, l’autre veut ne pas sembler angélique.

Résultat : une surenchère d’envolées va-t-en-guerre avec pour toile de fond le refus de constater l’absence de solutions à court terme face à l’influence de mouvances fondamentalistes sur le sol français.

Les notions de République et d’Etat de droit, néons brisés dans un tunnel nauséabond, auront de temps à autre borné la conversation.

Discours radical

Il y a des membres du gouvernement dont la communication politique donne lieu à des mèmes- l’image de ces derniers est appliquée sur multiples plans animés, sort de son contexte, de manière burlesque.

On pense à Olivier Véran, ministre de la santé, qui s’est fait vacciner publiquement contre le Covid et dont le buste au sein pudiquement recouvert a été facilement transposable, moyennant photomontage, au beau milieu d’œuvres picturales tout droit sorties du musée d’Orsay.

Il n’en n’est pas de même pour Darmanin, dont le discours radical le pose et le fixe en couverture d’un titre d’extrême-droite : peu après le débat, l’ancien maire de Tourcoing pavoisait en une de Valeurs Actuelles.

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Clara Schmelck
Clara-Doïna Schmelck, journaliste, philosophe des médias. Rédactrice en chef adjointe d'Intégrales - est passée par la rédaction de Socialter ; chroniqueuse radio, auteur, intervenante en école de journalisme et de communication (Celsa ...).

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