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Du porno ? Oui, mais en audio !

Et si le medium de la voix venait sauver l’érotisme de la pornographie filmée qui le plus souvent exhibe une image dégradée des femmes en entretenant une culture de la violence ? C’est le pari de l’actrice et réalisatrice Olympe de Gouge qui lance son podcast « Voxxx ».

« À mi-chemin entre érotisme et méditation, Voxxx est un podcast dédié à tous les plaisirs. Une proposition alternative et inclusive, où l’auditeur est invité “à se faire son propre film mental“ » murmure France Culture.

Olympe de G propose tout simplement de réhabiliter le fantasme érotique, mal mené par le medium de la vidéo. Elle souhaite aussi que les femmes accèdent à ce mode de moment érotique par la métaphore du fantasme sexuel.

La voix contre la violence faite aux femmes

Les séquences vocales constituent un moyen d’éviter de forcer des femmes à tourner des scènes pornographiques qu’elles ne veulent pas tourner, par aversion humaine pour des gestes violents sur leurs propres corps. Ces agissements violents vont à l’encontre des droits humains, lesquels stipulent que chaque homme/femme dispose librement de son corps.

Or, nul n’ignore que la contrainte existe sur les tournages de films pornographiques, même en « porno amateur ». Au début de la décennie 2020, les actrices porno ont commencé à sortir du silence pour dénoncer les abus sexuels qu’elles subissent. En septembre 2020, par exemple, le parquet de Paris a ouvert une enquête pour « viols » et « proxénétisme » visant les conditions de tournage des films diffusés sur la plateforme Jacquie et Michel.

La surprise (le viol et l’agression) sont souvent le moteur narratif du film porno. Mais, sur de nombreux tournages, la surprise n’est pas jouée par actrice. Elle est vécue dans la chair.

L’actrice est démise de son rôle d’actrice. Il lui est interdit de dissocier son jeu d’actrice d’une scène de sexe éprouvée en son corps propre. C’est précisément en cela que le porno est porno, et non pas simplement parce que l’objet du film porte sur le sexe et que les acteurs sont nus.

La jouissance de celui/celle qui regarde ne relève pas du fantasme lié au plaisir sexuel mais s’active à la vue de l’anéantissement d’un individu de l’espèce : la destruction par le viol d’une femme (ou d’un homme, le cas échéant).

Recréer une intimité sans la violence

Avec la voix, l’’auditeur ou l’auditrice cessera d’assimiler le sexe au désir de violence.

En France, environ 60% des mineurs de plus de dix ans ont déjà eu l’occasion de visionner des contenus pornographiques. Les collégiens et lycéens lèvent facilement les interdits installés par les parents sur les smartphones. Le danger est que ces tournages imprègnent dans les jeunes esprits l’idée que détruire l’humain en la femme est un fantasme à assouvir.

Car il s’agit bien, pour de nombreux adolescents et jeunes adultes, de « faire comme dans les films », de transposer les pratiques agressives du porno sur les jeunes filles et femmes que l’on va rencontrer en réel.

Et c’est bien le problème social que pose le porno tel qu’il est diffusé aujourd’hui. Comment inculquer le principe d’égalité en droit entre hommes de femmes quand la déchéance de la femme est présentée comme un modèle d’interaction à faire régner dans la sphère de l’intime ?

La voix recrée les conditions d’une intimité qui n’est pas fondée sur la violence.

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Clara Schmelck
Clara-Doïna Schmelck, journaliste, philosophe des médias. Rédactrice en chef adjointe d'Intégrales - est passée par la rédaction de Socialter ; chroniqueuse radio, auteur, intervenante en école de journalisme et de communication (Celsa ...).

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