Sexisme persistant dans le journalisme

Si le sexisme est une discrimination amplement dénoncée dans la presse, qui se penche peu à peu sur la condition domestique et professionnelle des femmes, la profession n’est pas épargnée par les préjugés sexistes et les préjudices faits aux femmes.

La journée internationale pour les droits des femmes est l’occasion de faire le point sur les pratiques discriminantes sexistes.

Le sexisme est loin d être aboli dans le secteur du journalisme, conclut le rapport de Reporter Sans Frontières (RSF)intitulé “Le journalisme face au sexisme”. Publié le 8 mars 2021, il révèle l’étendue de cette réalité dans 112 pays.

Ce rapport permet de constater des comportements identiques dans tous les pays où l’enquête a été conduite : les femmes sont la plupart du temps considérées non comme des professionnelles mais comme des objets de divertissement sur lesquels il est sans limite permis de se procurer du plaisir à travers différents actes d’humiliation, allant du harcèlement sexiste au viol.

Au Liban, note RSF, « les journalistes Dima Sadek, Layal Saad, Diana Moukalled et plusieurs autres de leurs consœurs ont récemment ouvertement dénoncé, dans une cam- pagne vidéo de l’organisation non gouvernementale The Arab Foundation for Freedom and Equality, le harcèlement qu’elles subissent, notamment lorsqu’elles sont sur le terrain et couvrent des manifestations. Et elles réaffirment aussi le droit de faire leur métier. »

Mais la lassitude et l’épuisement guette de nombreuses femmes, fatiguées de ne pas être estimées par leurs pairs.

« Au-delà du stress, de l’angoisse et des peurs, les violences sexistes et sexuelles conduisent les journalistes femmes à fermer provisoirement, voire définitivement, leurs comptes sur les réseaux sociaux (conséquence indiquée par 43 % des répondants du questionnaire RSF), quand elles n’en viennent pas à s’autocensurer (48 %) ou à changer de spécialité (21 %) voire même à démissionner (21 %). »

Ces femmes qui quittent le journalisme

Dans son enquête sur les raisons qui amènent les journalistes à quitter le métier, le sociologue des médias Jean-Marie Charon propose une fine analyse les effets du sexisme dans la profession.

« Les femmes sont nettement les plus nombreuses à quitter prématurément la profession, comme cela apparaissait dans « Qui sont les journalistes qui quittent la profession ? ». Au-delà de cette surreprésentation, les anciennes journalistes sont nettement plus nombreuses à exprimer leur déception voire leur révolte face à ce qu’est le vécu de leur ancienne profession, à évoquer des conflits éthiques. Elles rencontrent plus massivement la maladie physique et surtout psychique. » synthétise t-il dans L’Observatoire des médias.

La crise sanitaire a exacerbé la condition déplorable dont souffrent surtout les femmes parmi les journalistes : « Elles ont connu davantage des problèmes de revenus et elles ont enfin été plus durement affectées par le Covid et le confinement. », abonde Jean-Marie Charon.

A défaut de reconnaissance, ces femmes quittent la profession en espérant une reconversion réussie.

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Clara Schmelck
Clara-Doïna Schmelck, journaliste, philosophe des médias. Rédactrice en chef adjointe d'Intégrales - est passée par la rédaction de Socialter ; chroniqueuse radio, auteur, intervenante en école de journalisme et de communication (Celsa ...).

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