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Cérémonie des César : l’exaspération culturelle

Le cinéma français joue sa survie financière. Cette cérémonie des César, aussi cathartique que chaotique, est un film français sous Covid qui pourrait desservir un secteur qui souffre à la fois de la crise sanitaire et plus structurellement d’un manque de renouveau.

L’actrice Corinne Masiero, surgissant nue, hirsute, le corps marqué de graffiti aux encres rouges, a brutalement choqué. Qu’il est loin, le temps où Catherine Deneuve recevait en toute élégance des milliers de téléspectateurs les yeux remplis d’étoiles. C’était avant la crise culturelle qui a frappé la France : crise morale, avec les scandales Metoo qui ont atteint le monde du cinéma, et crise économique, imputable aux fermetures des salles de cinéma depuis un an à cause de la gestion douteuse du Covid 19. Cette cérémonie ne pouvait être que politique.

« Elle se met nue pour mettre à nue la folie d’un monde politico économique sans joie ni perspectives qui décrète, sans façon ni sommation, ce qui serait essentiel et non essentiel. Viva #CorinneMasiero et puis fuck off. #NoCultureNoFuture », jette David le journaliste Dufresne sur Twitter.

« Quelle laideur . Quel naufrage. Quel effondrement. Quelle déroute. Quelle faillite. Quelle perdition. Quelle abjection. Quelle difformité. Quelle ignominie. Quelle disgrâce. Et même quelle hideur morale. » s’épouvante l’économiste Eric Revel sur Twitter.

« Quelle femme. Quel courage. Quelle humiliation pour les artistes de devoir en arriver là. Quel désespoir de ne pouvoir exercer son métier depuis des mois. Quel manque d’empathie. Quel manque d’humanité. » lui rétorque le communiquant Philippe Moreau-Chevrolet.

Alors, est-ce une AG de Tolbiac ou la prestigieuse cérémonie du secteur cinématographique, fleuron de l’exception culturelle française ?

On laissera à nos lecteurs apprécier le désordre qui a régné pendant toute la cérémonie dévêtue de sa dimension solennelle. Les nécessaires messages politiques ont-ils été portés de manière suffisamment précise pour être puissants ?

Cathartique, chaotique, la 46è cérémonie des César 2021 sont apparemment un pis-aller. Certes, les anciennes cérémonies corsetées dans des non-dits étaient autrement plus malséantes que cette session où les masques tombent et les malaises occupent. En période de crise,les fantômes de l’hypocrisie flageolent.

Corinne Masiero s’est mise nue pour dénoncer la situation des intermittents notamment. Sur ses seins, il était graphié « No culture no future » et sur son dos, tagué « rends nous l’art, Jean ».

Cela ne pouvait plus durer, estiment certains acteurs et gens du cinéma, il fallait refonder cette cérémonie sur des bases nouvelles et transparentes.

Néanmoins, peut être n’aurait-il fallu pas perdre de vue l’importance des César au regard de la notion d’exception culturelle et devant les yeux du monde entier.

Enjeu économique à échelle internationale

Le problème est que les César n’est pas une affaire intérieure. Cet événement a un effet sur le rayonnement de la France à l’international, et de ce fait, sur l’économie du pays. L’exception culturelle est en effet une notion qui intervient dans les négociations cultuelles à échelle mondiale :

«  L’exception culturelle, c’est le seul moyen pour maintenir à flot un système qui investit 1 milliard d’euros par an (hors année Covid) dans la production de plus de 250 films qui ne rapportent que 500 millions d’euros en salles. Dans ce cas, on comprend que l’exception culturelle mérite un peu d’élévation artistique, un peu de glamour, un peu de mystère. », s’inquiète à raison Enguérand Renaud dans Le Figaro.

« À l’heure où se joue l’avenir financier du cinéma français, le secteur a ruiné son image. », résume, lucide, le journaliste.

Et espérons que les Netflix, Disney et autres géants qui souhaitent investir en France auront mis cette séquence sur le compte de la crise sanitaire internationale…

La culture à poil, un fait politique

Avec seulement 1,6 million de téléspectateurs hier soir sur Canal+, c’est l’une des pires audiences depuis 10 ans.

Enfin, cette manifestation de dénonciation de la situation prive, le temps de l’émission, de l’accès au beau. Mettre à poil en direct le cinéma, briser les paillettes, c’est empêcher à qui le voudrait d’avoir accès, par le spectacle, à ce qui est désirable, même en rêve .

Était-ce évitable ?

« Bien sûr cette cérémonie était loin d’être parfaite – mais quand l’a-t-elle été ? Plus que jamais en 2021, la culture se doit d’être politique. » tranche l’économiste des médias Julia Cagé.

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Clara Schmelck
Clara-Doïna Schmelck, journaliste, philosophe des médias. Rédactrice en chef adjointe d'Intégrales - est passée par la rédaction de Socialter ; chroniqueuse radio, auteur, intervenante en école de journalisme et de communication (Celsa ...).

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