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Le monde après ”Metoo” et ”Balance Ton porc” : du droit des femmes à disposer de leur corps

Accès aux soins, sexualité, intégrité physique, possibilité de parole libre : ”Metoo” et ” Balance ton porc” auront mis au jour l’urgence de rendre pleinement effectif les droits des femmes relatifs à leur corps.

Un rapport du Fonds UNFPA des Nations unies paru le 14 avril 2021 détaille les atteintes aux droits des femmes, du viol à la stérilisation forcée ou les mutilations génitales.

Près d’une femme sur deux dans 57 pays est privée des libertés liées à son corps, qu’il s’agisse du consentement éclairé aux relations sexuelles, du recours à la contraception et à la recherche de soins de santé.

Le rapport fait notamment apparaître 20 pays ou territoires ayant établi des lois permettant à un violeur de se marier avec sa victime afin d’échapper à des poursuites judiciaires et 43 Etats n’ayant pas de législation sur les viols entre conjoints. 

Dans les lois, certains pays sont plus avancés que d’autres en matière de droits des femmes. L’acte sexuel obtenu par menace, violence physique et intimidation, n’est pas légal dans de nombreux États. Certains États sont encore plus précis : en France par exemple, la notion de viol conjugal est pensée par la loi.

Avancées dans les faits

Mais dans les faits, et c’est ce qu’il est difficile de voir sur une carte ou à travers les lignes d’un rapport, tous les pays ont encore à s’assurer de nouveaux progrès dans la façon dont les femmes sont considérées, au sein de la famille aussi bien que dans les espaces de vie collective.

Cela y compris en France, où ”Metoo” et ”Balance ton Porc” — initié par la journaliste Sandra Muller — , ont contribué à inscrire dans les mentalités l’impératif de lutter contre le sexisme, le harcèlement et les agressions sexuelles.

Les risques encourus et le temps consacré par son initiatrice pendant plus de trois ans prouvent bien que cette action n’était pas un « effet de mode » comme on a pu le lire parfois.

« L’appel à la dénonciation de ces agressions sexuelles ou sexistes – qui ne se confond pas avec la délation, inspirée par des motifs méprisables – demeure légitime. » (Cour d’appel de Paris, 31 mars 2021).

L’issue du procès fait à l’initiatrice de ”Balance ton porc” est historique. Une femme a le droit de dénoncer des comportements (paroles, gestes) en nommant leur auteur, pour autant qu’elle est de bonne foi, ce qui était le cas de Sandra Muller, dont le but de la démarche était de servir l’intérêt général en donnant aux femmes un encouragement à briser le silence sur des comportements d’un autre âge .

En effet, cette dernière n’a pas incité à accabler, bâillonner, ostracisiser, tout confondre ou encore ne pas hiérarchiser les types de faits.

Si des individus ont produit des tweets délibérément faux ou injurieux provoquant un ostracisme disproportionné de l’individu nommé au regard des faits rapportés, ils en sont les seuls responsables. Les injures et jugements expéditifs sur Twitter n’engagent que ceux qui les émettent.

Cette action, ”Balance ton porc”, a bien contribué à faire passer dans les structures mentales que le corps des femmes n’a pas à être l’objet de propos à caractère libidineux non sollicités par elles.

Désormais, la communication d’un propos libidineux envers une femme (ou un homme) non sollicité par le destinataire ne fait plus force de norme.  C’est en ce sens que « Balance ton porc » va changer durablement les mœurs en France, à n’en pas douter.

Les femmes parlent publiquement, et cela est irréversible. Les interventions médiatiques ou livres écrits- puisque tout individu est libre de s’exprimer publiquement – peuvent certes contribuer au débat public contradictoire. Il est possible de vouloir les entendre et les lire pour se contraindre à penser contre soi-même, à la place de tout autre.

Mais ils n’ont pas le pouvoir de faire ployer la lutte, à toutes échelles, des femmes pour obtenir en droit et en fait la pleine disposition d’elles-mêmes.

A lire : Sandra Muller, Balance ton Porc, la Peur doit changer de camp, Flammarion, 2018.

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Clara Schmelck
Clara-Doïna Schmelck, journaliste, philosophe des médias. Rédactrice en chef adjointe d'Intégrales - est passée par la rédaction de Socialter ; chroniqueuse radio, auteur, intervenante en école de journalisme et de communication (Celsa ...).

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