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Macron, McFly et Carlito : calendrier de la marque Macron

Emmanuel Macron a amorcé une pré-campagne présidentielle auprès des jeunes électeurs et futurs électeurs en se mettant en scène un échange spontané avec McFly et Carlito, deux YouTubeurs qui ont l’allure de joyeux lurons. Avec pour effet une dépolitisation délibérée de la parole de celui qui parle pourtant en qualité de chef de l’Etat.

Un défi de gamers

L’agenda de la déclinaison 18-25 de la marque Macron est réfléchi.
Le 21 mai, sur TPMP, l’émission de Cyril Hanouna,
@SundyJules, influenceur et Youtubeur, évoque son parcours dans #1Jeune1Solution. Le jeune homme reprend à son compte le discours d’Emmanuel Macron incitant les jeunes à faire preuve d’esprit d’initiative sans jamais se décourager. Ce discours est roboratif, mais n’accepte aucune objection ni interrogation. Tous les jeunes en France ont-ils les mêmes chances devant la réussite, c’est à dire précisément devant la possibilité d’anticiper sereinement un avenir professionnel dans lesquels ils pourront donner le meilleur d’eux mêmes ?

Le 23 mai, place au concours d’anecdotes avec #mcflyetcarlito à l’Élysée, teasing d’un 14juillet cool : 7,6M de vues de la vidéo en 24h.

Lundi 24 mai à 7h, la vidéo « Macron, McFly et Carlito » captée hier 23 mai 2021 à l’Elysée enregistrait 7,5 millions de vues. Dont la nôtre. L’opération est une réussite en terme d’audience.

L’origine de la vidéo du président de la République flanqué de deux bouffons, les influenceurs McFly et Carlito, est loin d’être anecdotique.

Elle répond aux codes du « gaming » et du « live », autrement dit, de la ludification des conversations publiques en direct : McFly et Carlito ont dévoilé hier matin leur concours d’anecdotes avec Macron. Après une égalité, les YouTubeurs devront embarquer dans un avion de la PAF, et le président devra laisser apparente une photo de « #McflyetCarlito » lors de son discours du 14 Juillet.

L’impression donnée est que ce sont donc les deux lurons aux accoutrements délurés et criards qui auraient spontanément défié le président de la République, lequel est là considéré comme un partenaire de jeu en ligne, et non ce dernier qui aurait orchestré une rencontre installée dans les codes « jeunes ».

Le rapport de force sous le mode du defi à la jeunesse, « Qu’ils viennent me chercher ! », est impeccablement maîtrisé par Emmanuel Macron.

A cet égard, Macron marque une rupture avec ses prédécesseurs. S’approprier les codes de communication des jeunes et investir leurs canaux de communication n’est pas nouveau. On se souvient d’un Mitterrand « chébran » sur la petite lucarne.

Macron va plus loin : il feint le défi cher aux gamers en répondant à un pari de Mc Fly et Carlito.

A l’instar d’un Burger King qui provoquerait en duel son rival Mac Donalds sur Snapchat, Macron fait siens les codes du marketing sur les réseaux sociaux et dont le ressort de l’efficacité est l’interactivité.

En maîtrisant sa séquence avec les YouTubeurs-influenceurs tant sur la narration, sur le format, sur les contenus que sur le ton du second degré propre à celui du jeu en ligne, Emmanuel Macron s’inscrit en rupture avec ses prédécesseurs qui n’ont fait que prétendre ressembler aux jeunes en essayant épisodiquement de les imiter.

Avec cette vidéo, Emmanuel Macron a démontré qu’il maîtrisait par la joute le rapport de force, lançant aux jeunes un «Qu’ils viennent me chercher ! » joueur.

La vidéo : https://www.francetvinfo.fr/politique/emmanuel-macron/la-video-d-emmanuel-macron-avec-les-youtubeurs-mcfly-et-carlito-mise-en-ligne_4634841.html

(Capture d’écran en image de Une).

Dépolitisation de la parole du politique

On constate à la réécoute de la vidéo que le format dicte la forme rhétorique de la conversation. Le format vidéo qui est emprunté aux conversations horizontales entre internautes a pour effet de dépolitiser la parole publique d’Emmanuel Macron qui parle pourtant en qualité de président de la République.

Le registre était celui du divertissement, les sujets abordés ceux qui préoccupent effectivement les jeunes : sport, culture, études. On remarquera que le format de l’échange permet habilement d’éviter les questions susceptibles de mettre en difficulté le président.

Souvent, le ton était à la plaisanterie. Comme cette séquence où Macron et ses acolytes abordent l’équipe de France de football en rigolant de l’avenir de Kylian Mbappe.

Au delà du ton donné au « live », la façon dont les thèmes sont abordés est révélateur de cette dépolitisation de la parole du chef de l’Etat : sans cohérence apparente, des questions portant implicitement sur l’agenda économique et social du président-candidat sont amenées telles des sujets d’actualité et jamais comme des interrogations précises devant lesquelles le chef de l’Etat aurait à justifier ses choix politiques.

Cela ne nous aura pas échappé qu’Emmanuel Macron n’a pas eu de scrupule à privatiser le 14 juillet, évènement intégré à son calendrier de jeu et dont il a fait le teasing à travers cette vidéo avec McFly et Carlito.

Le jour de la fête nationale devient celui du rendez-vous avec des influenceurs venus de Youtube. Mais que symbolisera le défilé en bonnet jaune des deux bouffons grimaçants ? Sans doute pas l’unité nationale tant recherchée en cette période de post-crise sanitaire.

Contexte social tendu

Macron a du mal avec les médias. Ses relations avec les journalistes se sont distendues tout au long de sa mandature.

Il préfère donner au peuple un spectacle de cour où les courtisans sont des «influenceurs», dans un contexte de tensions sociales, avec une pauvreté croissante après la crise Covid et politiques : les lois « Sécurité globale » et « séparatisme » risquent de produire des discriminations.

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Clara Schmelck
Clara-Doïna Schmelck, journaliste, philosophe des médias. Rédactrice en chef adjointe d'Intégrales - est passée par la rédaction de Socialter ; chroniqueuse radio, auteur, intervenante en école de journalisme et de communication (Celsa ...).

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