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Pour un New Deal du journalisme dans le monde

Dans le contexte de la récente sortie de crise sanitaire,le Forum sur l’information et la démocratie publie ses recommandations pour engager « Un New Deal pour le journalisme ». Dans la foulée, le premier Sommet de l’initiative sur l’information et la démocratie sera organisé en septembre 2021, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies.

Articuler société civile et Etats de droit

Un rapport, concrétisé par un sommet pour promouvoir un « New Deal » du journalisme à échelle mondial : c’est ce propose le Forum sur l’information et la démocratie, présidé par Christophe Deloire (Secrétaire général de RSF). Cette initiative articule le travail de la société civile et celui des Etats démocratiques. Elle vise à définir et créer un système de garanties démocratiques dans l’espace de la communication et de l’information, à l’ère de sa globalisation et de sa transition vers le numérique.

Elle articule par conséquent une logique juridique, à savoir de production d’une doctrine pour la régulation des plateformes numériques, et une logique géopolitique, qui vise quand à elle la constitution d’une coalition d’Etats démocratiques visant à promouvoir leurs principes.

En effet, ce plan n’atteindra son objectif que grâce à des efforts combinés, sur une décennie ou plus, des gouvernements, des régulateurs, de l’industrie, des investisseurs, des bailleurs de fonds, de la tech et de la société civile.

Le rapport présente notamment un plan permettant de garantir jusqu’à 0,1% du PIB par an pour assurer l’avenir de la fonction sociale du journalisme.

Favoriser la fonction sociale du journalisme

Cette nouvelle donne serait un engagement massif, à l’échelle internationale comme nationale, pour favoriser la fonction sociale du journalisme dans les sociétés démocratiques.

Le président du Forum, Christophe Deloire, justifie : « Le New Deal pour le journalisme consiste à relier des points jusque-là distincts, ceux de l’organisation du marché, du fonctionnement technologique, et du travail journalistique, avec ses composantes méthodologiques et éthiques (…). Il ne s’agit rien de moins que de favoriser la reconstruction du journalisme, non pas comme “secteur des médias”, mais comme élément essentiel de la liberté d’opinion et d’expression.”

Le comité de pilotage du groupe de travail est présidé par Rasmus Kleis Nielsen, directeur du Reuters Institute for the Study of Journalism de l’Université d’Oxford, et composé de 17 spécialistes internationaux. Le rapport a été rédigé par une équipe de rapporteurs sous la responsabilité de Sameer Padania, spécialiste de l’écosystème de l’information.

Rasmus Kleis Nielsen explique “que les journalistes et le public qu’ils servent n’ont pas besoin de discours réconfortants. Ils ont besoin de prises de décisions concrètes.” Il affirme que les recommandations de ce rapport “offrent une chance de rompre avec des années d’inaction.”

Le rapport est structuré autour de quatre champs d’action : la liberté des médias, l’indépendance du journalisme, un environnement économique favorable, un accompagnement vers un modèle numérique durable. Parmi les recommandations :

– Assurer la transparence totale de la propriété des médias dans le cadre de mesures plus larges de transparence, de lutte contre la corruption et d’intégrité financière;

– Mettre en œuvre des initiatives qui permettent de distinguer et de redonner un avantage comparatif au journalisme de qualité, telle que la Journalism Trust Initiative (JTI), afin de rétablir la confiance entre tous les acteurs.

– Soutenir et adopter des mesures internationales en matière de fiscalité des plateformes numériques, tel que le taux minimum mondial d’imposition des sociétés proposé par l’OCDE.

– Développer un financement hybride des médias, conjuguant philanthropie et soutien public en mettant en place des instruments de financement mixte privé-public, que le statut des médias soit à but lucratif ou non. Cette mesure résonne avec les solutions proposées par l’économiste française Julia Cagé.

– Obtenir des Etats l’engagement de consacrer 1% de l’aide publique au développement allouée au soutien en faveur des médias indépendants et à leur environnement favorable.

– Instaurer des mécanismes de soutien permettant aux citoyens de soutenir les médias de leur choix (chèques médias, allégements fiscaux sur les abonnements, ou désignation d’impôts sur le revenu).

– Organiser la réflexion sur l’impact de l’intelligence artificielle sur le journalisme en incluant les médias comme secteurs d’importance stratégique dans les feuilles de route nationales sur le sujet.

Parmi les membres du Comité de pilotage, on retrouve Rasmus, Nielsen, directeur du Reuters Institute for the Study of Journalism, Université d’Oxford. Il est également professeur de communication politique à l’Université d’Oxford; Julia Cagé, co-directrice du Laboratoire Interdisciplinaire d’Evaluation des Politiques Publiques ou encore Prem Chandran, o-fondateur et directeur général, Malaysiakini. Il est également directeur non-exécutif de KiniTV et de FG Media, et il est président d’Asia Mobiliti.

Image à la une : Alexandre Mahler, graffiti, Paris, décembre 2018. Copyright Intégrale.

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Clara Schmelck
Clara-Doïna Schmelck, journaliste, philosophe des médias. Rédactrice en chef adjointe d'Intégrales - est passée par la rédaction de Socialter ; chroniqueuse radio, auteur, intervenante en école de journalisme et de communication (Celsa ...).

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