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La France à vitesse classique : voir les Français tels qu’ils vont

Jeudi 23 septembre, l’annonce d’un ouiGO vitesse classique qui traversera la France était une nouvelle bien plus réjouissante que celle d’un débat télévisé entre opposants politiques qui s’écharpent sur des thématiques abstraites et obsessionnelles.

À l’heure où l’on peut commander ses billets d’une pression du pouce sur son smartphone, la petite carte de France grise à poids rose refait surface. C’est celle des toponymes des villes médianes, que le temps semblait avoir délaissés.

La SNCF, qui fête les 40ans d’un fleuron français, le TGV, relance deux offres à vitesse classique : les OUiGo vitesse classique et les trains de nuit. Cette France à vitesse classique, c’est celle qui a porté des générations de voyageurs vers un amour de saison, vers l’eau salée des vacances ou encore dans l’espoir d’une vie nouvelle, nous revient.

Revoir les grosses valises encombrer les racks, les enfants fiers de tenir entre leurs mains les sacs à pic-nique ne sera pas seulement le souvenir d’une enfance heureuse. Il me tarde de traverser le pays en empruntant ses lignes de traverse, par exemple, en effectuant Nantes-Lyon en huit-heures. J’aurai toute la journée pour parler aux Français tels qu’ils sont, tels qu’ils vont.

La géométrie de la vitesse classique est moins raide que celle de la grande vitesse. C’est dire si les itinéraires, de jour comme de nuit, seront flexueux.

Les voyages longs sont ceux dont se dégagent des émotions fortes. Davantage qu’en voiture individuelles ou même qu’en TGV, les gens se voient les uns les autres, qu’ils s’appellent Mohammed, Jean-François ou Appoline. Ils font davantage qu’échanger quelques mots entre-eux, ils racontent un bout de leur vie à leurs voisins de carré ou de compartiment, car ils en ont le temps.

C’est à vitesse classique qu’il nous est donné de voir véritablement la France. Non pas celle qui se d’une destination à une autre le temps d’allumer et d’éteindre son ordinateur, mais celle qui sait à quel point un voyage est toujours l’expérience d’un arrachement à un état d’inertie. Grâce à des billets à prix modérés, tout le monde peut partir et revenir.

Les adolescents et les étudiants fauchés, les familles nombreuses et les amants séparés : tous ont sauté dans ce train forcément plein de promesse.

Il est donné à tous, sans distinction de classe sociale, d’imaginer ce voyage, de le raconter, puis de se le remémorer.

La France des diagonales sinueuses roule à nouveau à une vitesse où il est possible d’ouvrir la vitre et d’observer les paysages. Elle redevient ainsi visible à elle-même. C’est bien ce qui manquait aux Français : quitter leur logement individuelle et l’étroitesse de leurs groupes Facebook pour voir leur pays et se voir.

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Clara Schmelck
Clara-Doïna Schmelck, journaliste, philosophe des médias. Rédactrice en chef adjointe d'Intégrales - est passée par la rédaction de Socialter ; chroniqueuse radio, auteur, intervenante en école de journalisme et de communication (Celsa ...).

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