Affaire Taha Bouhafs : comment rendre la justice ?

Quand l’institution judiciaire est trop lente et défaillante, faut-il rendre la justice par ses propres moyens ? C’est le dilemme que pose l’investiture du candidat Taha Bouhafs (NUPES) aux élections législatives.

Prendre ses responsabilités

Dans une tribune revenant sur l’affaire Taha Bouhafs, la députée LFI Clémentine Autain estime que « La France insoumise a pris ses responsabilités ». Elle explique également l’importance de la rapidité avec laquelle Bouhafs, visé par des témoignages à sa charge, a été évincé de la liste des candidats « NUPES ».

Fallait-il attendre une décision de justice avant de mettre à l’écart le militant ? Non, justifie la députée, arguant du fait que le rythme des procédures judiciaires ne suit pas le rythme des plaignantes.

Il serait plus efficace, pour faire avancer la grande cause sociale qu’est le droit des femmes à disposer de leur corps, d’agir avant que la justice ne soit sollicitée par des plaintes.

Ainsi, les enquêtes internes dont profitables aux victimes, mais aussi à la société toute entière : elles apportent une exigence d’exemplarité.

De plus, les victimes ne sont pas contraintes de déposer plainte en justice. Il arrive qu’à l’issue d’un préjudice subi, elles préfèrent témoigner auprès de leurs proches, famille, camarades.

Agir par ses propres moyens ?

« C’est parce que la société et la justice n’arrivent pas à traiter et endiguer les violences faites aux femmes que nous agissons par nos propres moyens », ajoute même la députée.

Exfiltrer rapidement l’individu de l’activité de la formation politique est une saine chose.

Mais l’argumentaire employé introduit une confusion. Les partisans de la «légitime defense » et de l’instauration de de milices justifient également leur activité par un prétendu manquement de l’institution judiciaire.

Il vaudrait mieux donc, en lieu et place d’un lourd procès auquel participe la défense de l’accusé, juger immédiatement sur la base du volume et de la gravité des témoignages reçus à charge contre l’accusé.

Il vaudrait mieux, à la place de juges indépendants, délibérer en interne, puisque l’affaire concerne un individu qui est membre de notre communauté politique.

Or, la privatisation de la norme de droit, ouvre la porte à l’arbitraire communautaire, à l’opacité et à l’absence de recours possible pour l’accusé.

Une procédure en interne ne remplace pas un procès.

Imaginons qu’un candidat investi par un parti, se trouve, après un différend, accusé en interne d‘un délit qu’il n’a pas commis. Seule l’institution judiciaire, aussi lente et lacunaire soit elle, pourrait lui rendre justice. Le parti, lui, aura étouffé depuis longtemps l’affaire, tombée dans méandres des médias.

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Clara Schmelck
Clara-Doïna Schmelck, journaliste, philosophe des médias. Rédactrice en chef adjointe d'Intégrales - est passée par la rédaction de Socialter ; chroniqueuse radio, auteur, intervenante en école de journalisme et de communication (Celsa ...).

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