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Sans justice sociale, il n’y aura pas d’écologie

Il faut sortir, à échelle mondiale, d’une écologie des petits gestes, décorrelée des enjeux de justice sociale.

L’écologie, certains n’en comprennent toujours pas totalement l’enjeu. « Crève et fais pas chier » : cette apostrophe lancée par un actionnaire de Total aux jeunes activistes climat est une parfaite synthèse de ce que le vieux monde riche lance au reste de l’humanité.

Un effort pour le climat

La chercheuse Magali Reghezza-Zitt dénonce, dans une tribune au « Monde », l’appel aux « petits gestes » au nom d’une morale culpabilisatrice, qui tend à occulter la nécessité de changements structurels.

« L’appel à la sobriété fait aussi écho à ce que l’on a pu constater depuis plusieurs décennies dans le champ de la réduction des risques, à savoir le transfert des coûts de l’inaction vers les individus, au nom de la morale. », fait valoir la géographe.

« Les mécanismes structurels de l’inaction sont invisibilisés par une morale des petits gestes individuels. Basculer vers l’adaptation occulte la complexité de la crise. […] il faut une transformation structurelle. », expliquait encore la professeure à l’occasion d’une rencontre organisée en Sorbonne le 17 mai 2022 par le laboratoire d’idées Le Grand Continent.

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Le changement ne pourra s’engager que s’il s’accompagne d’exemplarité et de justice.

Et, lorsque la première ministre, Elisabeth Borne, explique que les Françaises et Français ne veulent faire « aucun effort pour le climat », elle manque cette allusion nécessaire au climat social. On ne peut pas demander à tout le monde de prendre son vélo si des exilés fiscaux sont sur leur yacht, ou de prendre le train quand les billets sont quatre fois plus cher que l’avion.

Collapswashing

Ne pas prendre en compte la justice sociale dans les décisions climatiques c’est s’assurer que cela soit un échec. Le Haut Conseil pour le Climat l’a rappelé dans son dernier rapport annuel, le GIEC l’a très clairement indiqué dans ses 2e et 3e volets : sans justice sociale, pas de transition écologique.

Il ne paraît pas possible de demander à 80% des humains de réduire leur sécurité alimentaire et leur sécurité tout court, si les populations des pays les plus riches continuent à bénéficier d’approvisionnements énergétiques, de moyens techniques et d’une puissance économique qui les avantage sur ces conditions essentielles à l’existence.

Sans cela, nous allons droit vers un écologisme des classe ou un « collapswashing ».

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Clara Schmelck
Clara-Doïna Schmelck, journaliste, philosophe des médias. Rédactrice en chef adjointe d'Intégrales - est passée par la rédaction de Socialter ; chroniqueuse radio, auteur, intervenante en école de journalisme et de communication (Celsa ...).

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