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L’audiovisuel public craint de disparaître

Mardi 28 juin 2022, les salariés de l’audiovisuel public étaient en grève pour protester contre le projet de suppression de la redevance audiovisuelle voulu par Emmanuel Macron.

Les manifestants ont marché à Paris en début d’après-midi de la gare Montparnasse jusqu’aux abords de l’Assemblée nationale, où les députés faisaient leur rentrée. À France Télévisions, 26% des salariés en métropole ont suivi le mouvement. À Radio France, ils étaient 24%.

Le financement et l’indépendance de l’audiovisuel public menacés

Créée en 1933, la redevance audiovisuelle est le principal levier de financement de la radio et de la télévision publiques. Les Français disposant d’un écran de télévision et soumis à une taxe d’habitation payent un impôt d’un montant de 138 euros en métropole et 88 euros dans les outre-mer. Cet argent est ensuite distribué à Radio France, France TV, France Médias Monde (France 24, RFI, Monte Carlo Doualiya), Arte et l’INA, pour produire de l’information ou des fictions.

La suppression de la redevance a été proposée par Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle comme une mesure visant à augmenter le pouvoir d’achat des Français. En réalité, cette mesure menace non seulement le financement mais aussi l’indépendance de l’audiovisuel public.

Sur le plan financier, supprimer la redevance audiovisuelle pourrait mettre en danger tous ces médias, dépendants de cet impôt. Selon l’économiste des médias Julia Cagé, la redevance représente 82 % des recettes de France TV, 85 % de Radio France et 95 % d’Arte. (Source : L’Obs).

En matière de qualité de l’offre de l’information dans le paysage audiovisuel français, la suppression de la redevance risque d’avoir un effet négatif.

« J’ai le privilège de travailler pour une émission hebdo de reportage. Unique en France. Le temps long pour comprendre. Sans financement pérenne de l’audiovisuel public, soyez convaincus que ce produit de niche ne sera plus forcément une priorité car les moyens seront restreints » expliquait ce matin sur Twitter la reporter Vanessa Descouraux, journaliste à Radio France.

La redevance est indispensable pour proposer une offre d’information de qualité, coûteuse, respectant le pluralisme d’opinions et soucieux de la diversité, car au delà des intérêts privés et moins perméable à la corruption.

En Espagne, par exemple, la suppression de la redevance a entraîné une baisse de 23,5 % du montant alloué à la RTVE (Radiotélévision espagnol). Les audiences ont baissé.

Le président de la République veut remplacer une ressource affectée, la redevance, par un budget pouvant changer d’année en année et soumis à un vote du Parlement. Cela ouvre la porte à des renégociations fréquentes entre les politiques et les présidents et présidentes de Radio France et France TV.

Les syndicats de l’audiovisuel public jugent donc infondé de fragiliser l’existence de l’audiovisuel public alors que la redevance ne représente que 38 centimes par jour pour ceux qui la paient.

Vers une BBC à la française ?

Au-delà de la seule question de la redevance, les grévistes s’inquiètent à bon droit pour l’avenir de l’audiovisuel public : le 8 juin dernier, un rapport sénatorial sur l’avenir de l’audiovisuel public a relancé l’idée d’une fusion entre France Télévisions, Radio France, France Médias Monde (France 24, RFI, MCD) et l’INA. L’idée d’une BBC à la française refait surface. Les syndicats soulignent les coupes budgétaires imposées à la BBC ces dernières années et les licenciements massifs consécutifs.

« C‘est un sujet dans l’air depuis plusieurs années. Ce débat aura lieu« , n’a pas nié la nouvelle ministre de la Culture, Rima Abdul Malak, dans un entretien accordé au Parisien. Elle a déjà évoqué, par une périphrase, la possibilité de mettre en place un modèle se rapprochant de celui de la fusion : « des modalités plus souples permettant de développer les synergies ».

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Clara Schmelck
Clara-Doïna Schmelck, journaliste, philosophe des médias. Rédactrice en chef adjointe d'Intégrales - est passée par la rédaction de Socialter ; chroniqueuse radio, auteur, intervenante en école de journalisme et de communication (Celsa ...).

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