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Affaire Bayou : ciel, les femmes se parlent entre-elles !

Julien Bayou a été poussé à démissionner d’EELV pour sa conduite supposée irrespectueuse à l’endroit de plusieurs jeunes femmes. Ce procès expéditif en interne illustre la confusion entre ce qui relève du droit et ce qui relève de la morale, confusion propice aux récupérations politiques de la lutte contre les violences faites aux femmes. Mais il montre aussi que les femmes n’hésitent plus à relever comme inacceptables des comportements qui les réifient.

Milice des mœurs

Julien Bayou a démissionné lundi 26 septembre après des accusations de « violences psychologiques » contre son ex-compagne. Depuis trois ans, il vivait sous la pression d’un collectif « féministe » informel qui lui reprochait sa conduite et enquêtait sur ses relations, a révélé le quotidien Libération.

La méthode des « louves Alpha » qui ont incriminé monsieur Bayou jusqu’à le pousser à bout ? Mettre l’homme sous surveillance numérique pour le traquer dans le détail de ses relations intimes. Tel que Libé le décrit, on dirait un procédé qui fleure bon les méthodes de la Stasi, et qui rappelle le film allemand « La vie des autres ».

Où voir, dans ces agissements, la marque de la lutte contre la délinquance à caractère sexuel et pour la défense du droit des femmes à disposer d’elles mêmes ?

Il est reproché sans preuves à cet homme né en 1980, lit-on dans les pages de Libération, de côtoyer des femmes jeunes majeures. C’est légal, à condition que les échanges ne soient jamais forcés ou obtenus par la menace, l’intimidation, le harcèlement, l’acte de forcer à la prise de drogue ou d’alcool. Sur le plan de la moralité des mœurs, puisqu’on y est, rien d’affolant : Bayou n’est lui même pas un père de famille dans la maturité – ce qui pourrait éventuellement être interprété comme l’exercice déplacé d’une autorité patriarcale sur une très jeune femme. De plus, on peut penser qu’il ne parvenait sans doute pas à obtenir des relations de la part de femmes plus âgées, qui sont déjà installées en couple ou mères de famille. On ne voit pas là d’abus de position dominante.

Il est plutôt question, d’après les témoignages – qu’il s’agit aussi de pondérer et de vérifier-, d’un mépris envers les jeunes femmes, réduites à des chimères sur lesquelles il est agréable de prendre son plaisir sans se soucier apparemment de réciprocité. Là encore, ceci est licite dès lors que l’autre partie consent à ce type de relation.

Au delà de l’histoire Bayou, on peut rappeler que les femmes majeures sont responsables des choix qu’elles font, et même de ceux qui semblent les plus ineptes. Peu importe pour quel motif le consentement a été accordé : est-ce l’espoir d’obtenir une contrepartie (l’envie d’une aventure passionnée, des biens matériels, l’influence, une place au sein du parti ou la promesse de fonder une famille), ou bien le fait d’accepter être la chose d’un homme, par fascination pour lui ?

Second grief : les relations sont brèves et rétrospectivement regrettables. Cela relève du jugement de déception. Les femmes qui ont accepté une série de relations sexuelles avec un homme peuvent s’interroger sur elles-mêmes et reconnaître qu’elles ont manqué de discernement. Avant de s’engager dans une ou plusieurs relations intimes (hors cadre transactionnel, par exemple lié au trafic d’êtres humains), on réfléchit un certain temps en amont.

En tous cas, aucun délit ni crime n’est manifestement à relever de la part du leader écologiste.

Parler pour prévenir les femmes

Mais voilà. Le comportement qu’aurait eu Julien Bayou envers des femmes apparaît comme moralement inacceptable. Fait nouveau : des femmes n’ont plus gardé cela pour elles. Elles en ont parlé ensemble, notamment sur Whatsapp. Cette sororité nouvelle affole.

Les femmes qui s’estiment avoir été dupées, traitées comme des choses alors qu’elles espéraient nouer une relation humaine, s’expriment, racontent, alertent.

« Des femmes se sont parlé. Elles avaient souffert, été psychologiquement maltraitées, ont essayé d’en protéger une autre et d’importuner celui par qui elles avaient été blessées. Quel scandale ! Quel recul pour la Démocratie ! Quelle sale époque ! Non ? » réagit Audrey Pulvar à la une de Libération qui critique les méthodes de l’entourage de Julien Bayou.

On peut objecter à Audrey Pulvar qu’il n’y a aucun motif objectif dans les reproches faits à Julien Bayou. Ces femmes sont restées dans l’expression subjective de déceptions. Elles n’ont pas su anticiper le déroulement minable d’une relation dégradante, non dédommagée, mais consentie ainsi, donc licite.

A présent, elles n’ont plus honte de parler. C’est le point de rupture avec les générations précédentes de femmes qui cachaient leur peine.

Mais encore aurait-il fallu que ces femmes sortent du stade de l’expression de la souffrance et reviennent sur leurs erreurs de jugement, leurs espoirs naïfs, leur défaut de fermeté.

Car, la cause des femmes est là : prévenir les autres jeunes femmes des comportements qui font d’elles le sexe faible de l’humanité, une classe d’individus humains dont il est loisible de disposer à des fins de divertissement.

Il ne s’agit pas d’étendre le statut de victime du domaine du droit au domaine de la morale, mais de renforcer le discernement chez les jeune femmes. C’est libérer les femmes, majeures émancipées, de tout ce qui les maintient dans la minorité : la naïveté, l’hébètement subjugué, le manque de résolution.

Mais, faut-il pour autant clouer sans procès au pilori de la vie publique Julien Bayou, ou tout autre responsable politique qui aurait des comportements blessants envers les femmes ?

« Tout n’est pas permis au nom de la lutte contre les violences sexistes et sexuelles. La parole courageuse des victimes est indispensable pour changer les consciences. Merci aux journalistes qui travaillent avec rigueur pour aider cette parole. Le reste n’a rien à faire dans ce débat. », tranche la chercheuse Claire Sécail sur Twitter.

En clair, cette affaire qui n’en n’est pas une, reste de l’ordre de la vie privée et non de la vie publique, puisqu’il n’y a pas de fait de délinquance pénalement avéré (harcèlement, agressions, viols). L’épisode n’aurait donc pas mérité une telle publicité.

Poser que chaque personne majeure est responsable de ses choix, car capable de jugement, permet aussi de ne pas confondre ce qui relève de la moralité des moeurs et du droit pénal, de la vie privée et de l’affaire publique.

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Clara Schmelck
Clara-Doïna Schmelck, journaliste, philosophe des médias. Rédactrice en chef adjointe d'Intégrales - est passée par la rédaction de Socialter ; chroniqueuse radio, auteur, intervenante en école de journalisme et de communication (Celsa ...).

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